08/08/2018

Août - septembre 1792 - les pages tragiques de l'histoire des Suisses au service de France

Dans son "Récit de la conduite du régiment des Gardes Suisses à la journée du 10 août 1792", Charles Pfyffer d'Altishofen a écrit : "Le 4 août, le Régiment reçut ordre de se porter sur Paris (l’on savait alors que les fédérés et les faubourgs devaient attaquer les Tuileries). Le Régiment partit la nuit des casernes de Courbevoie et de Rueil, après avoir enterré une partie des drapeaux.  (...) Tout fut tranquille au château et, la même nuit, le régiment retourna aux casernes".

Un calme trompeur car il n'imaginait  pas  la tragédie qui allait se dérouler  au coeur de Paris, six jours plus tard, le 10 août  1792. Les Suisses défendent alors le palais des Tuilerie pris d'assaut par la populace en furie. Au cours des combats, ils subissent de lourdes pertes. Ironie du sort,   le roi avait  quitté  les lieux vers 8h30 du matin pour se réfugier auprès de l'Assemblée. C'est un  Louis XVI déboussolé, et hésitant sur la conduite à tenir qui, pensant calmer le jeu, rédige un ordre pour le moins ambigu dont les conséquences vont tout au contraire attiser le feu. Il  signe en effet  le billet fatidique qui de facto sacrifie les Suisses : "Le roi ordonne aux Suisses de déposer à l'instant les armes et de se retirer dans leurs casernes". Sur plus de 800 gardes suisses présents aux Tuileries, environ 300 sont tués. Conformément  à l'ordre du roi, les gardes se replient vers la place Louis XV (l'actuelle place de la Concorde). Ils  sont encerclés, capturés, conduits à l'Hôtel de Ville et massacrés.  Pour les Suisses survivants, le pire est pourtant à venir avec les massacres de septembre. Dans un climat surchauffé induit par l'annonce de l'arrivée des Prussiens et des Autrichiens sur sol français afin d'écraser la Révolution,  les  septembriseurs  prennent d'assaut  les prisons de Paris, se livrent à de honteuses mutilations sur les prisonniers et passent  plus de 1 300 personnes  au fil de l'épée  dont les gardes suisses retenus prisonniers. Le monument du Lion de Lucerne taillé dans le rocher par le sculpteur danois Bertel Thorvaldsen  rappelant le sacrifice des Suisses  sera inauguré en 1821. Depuis lors, de nombreux ouvrages ont été consacrés à cette page tragique  de l'histoire  des régiments suisses au service de France. L'histoire étant une création continue, la lecture  qui est faite aujourd'hui  de ces  événements écorne le mythe, ce qui toutefois n'enlève rien au sacrifice de ceux qui sont tombés à Paris. Nous savons par exemple aujourd'hui que sur les gardes suisses ayant survécu à la journée du 10 août puis aux massacres de septembre,  environ 350 ont rejoint les armées de la République, d'autres  les armées blanches des Chouans en lutte contre les Bleus*.Garde suisse.jpg

* source Dictionnaire historique de la Suisse

Claude Bonard

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07/08/2018

Téflon, Kevlar ou Lycra... avec le bonjour d'Eleuthère Irénée du Pont, fils du député de Nemours !

A propos du décès de Pierre Samuel du Pont le 7 août 1817 :

 " A h ! Monsieur Dupont, on vous trouve toujours là où on a besoin de vous ! “ aurait dit l'infortuné roi de France Louis XVI à son ami Pierre Samuel du Pont de Nemours et à son fils Eleuthère Irénée qui furent dit la légende, de ceux qui le défendirent  ainsi que la reine Marie-Antoinette au moment de l’insurrection parisienne d'août 1792. Eleuthère Irénée et son père échappèrent heureusement à la guillotine contrairement à leur roi et leur reine. Pierre Samuel du Pont, ami de Turgot, était un esprit des Lumières déjà connu  puisqu'il était l'un des initiateurs du mouvement  des Physiocrates, ce courant qui caractérisa bien avant la Révolution l'approche philosophique de l'économie. Outre différentes brochures de son cru, en mai 1768, il rédigea avec François Quesnay l'un des ouvrages fondateurs de la pensée physiocratique : Physiocratie, ou constitution naturelle du gouvernement le plus avantageux au genre humain. La physiocratie, première école économique des temps modernes s'est développée en France au XVIIIe siècle. Selon Jean Touchard, dans son Histoire des idées politiques parues aux Presses Universitaires de France en 1958, “la doctrine des physiocrates est un mélange de libéralisme économique et de despotisme éclairé   [...] leur pensée s'ordonne autour de quatre grands thèmes : la nature, la liberté, la terre, le despotisme légal” . Vous m'avez compris, et c'est là que le bât blesse, les physiocrates sont des partisans inconditionnels de la monarchie et s'appuient sur elle pour propager leur doctrine En 1789, ça fait désordre. La Révolution française faisant son œuvre, Pierre Samuel du Pont, député de Nemours aux Etats Généraux, fidèle au roi Louis XVI sent progressivement le vent tourner. Il fait habilement le dos rond puis se décide tout de même à émigrer aux Etats-Unis en 1800 avec sa famille. Il s'établit tout d'abord à Rhode Island. Son fils Eleuthère Irénée, passionné de chimie et disciple du grand Lavoisier, lui aussi guillotiné le 8 mai 1794 à Paris, se lance alors dans la fabrication de poudre à canon. Il développe alors son entreprise qui se spécialise ensuite dans l'industrie chimique balbutiante en Amérique. C'est le début d'une saga qui va aboutir à la création puis à l'âge d'or de la maison Du Pont de Nemours si familière aux Américains...... et  aux Genevois.

Claude Bonard

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02/08/2018

As-tu vu la casquette, la casquette ? Si tu ne l'as pas vue, tu la verras !

Mais vers où va-t-on bonnes gens !  ... la canicule fait perdre la tête à certaines personnes qui travaillent du chapeau ! En Suède on vole les joyaux de la couronne, à Avenches, on vole une casquette du général Guisan. Probablement des individus qui en avaient ras la couronne ou ras la casquette !  Genève sauve pourtant  l'honneur puisque le Musée Militaire Genevois possède dans ses collections une casquette et une tunique du plus célèbre des Vaudois. En  2006, ces augustes coiffures s'arrachaient  déjà à prix d'or. En effet, deux casquettes de notre cher général Guisan trouvèrent alors  preneur à 168.000 francs !  Bon, vous me direz que c'est nettement moins que pour ce chapeau de Napoléon  acheté  pour 1 Mio .884.000 Euros  en 2014 par un collectionneur sud-coréen !

Ce vol de casquette  à Avenches me rappelle cette chanson que nous apprenions  lorsque j'étais enfant :

As-tu vu la casquette, la casquette
As-tu vu la casquette au père Bugeaud ?
Si tu ne l'as pas vue, tu la verras
La casquette, la casquette
Si tu ne l'as pas vue, tu la verras
La casquette du père Bugeaud !

J'ai appris bien plus tard que Thomas Robert Bugeaud, marquis de La Piconnerie, duc d'Isly et Maréchal de France, excusez du peu !  avait "pacifié" l'Algérie avec des méthodes d'une  odieuse brutalité. « Le but n'est pas de courir après les Arabes, ce qui est fort inutile ; […]. Allez tous les ans leur brûler leurs récoltes […], ou bien exterminez-les jusqu'au dernier. Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, fumez-les à outrance comme des renards. »

Les historiens  de la colonisation ont donné à ces méthodes criminelles  le nom d'enfumades . Même à Paris, on s'indigna une fois l'enfumage  connu de près de mille hommes, femmes et enfants dans les grottes du Dahra à  Ghar El Frachih  le 18 juin 1845. Napoléon Joseph Ney,  fils de l'infortuné  maréchal Ney protesta à la Chambre des pairs. Bugeaud interpellé, assuma la responsabilité des enfumages et de la répression. Décidément,  s'il me faut choisir, casquette contre  casquette, je préfère nettement celle de notre valeureux Général Guisan à celle de l'ignoble Maréchal Bugeaud.20150724_203106 (1).jpg

Claude Bonard

 

 

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