21/12/2018

La nuit du 21 au 22 décembre 1602 a porté chance à Genève

 

Comme nous l'indique  le Dictionnaire Historique de la Suisse, Genève attendit l'année 1701 pour adopter le calendrier grégorien. A l'aune de ce nouveau calendrier, la nuit du 21 au 22 décembre est donc la plus longue de l'année. Et suivez mon regard, ce fut celle de l'Escalade de 1602, que l'on célèbre  toujours  à Genève en fonction du calendrier julien, à savoir  la nuit du 11 au 12 décembre. Pour le duc de Savoie, l'attaque a bien été planifiée pour la nuit du 21 au 22 décembre, ses troupes ayant progressé le  21 décembre au soir depuis Etrembières  par la rive droite de l'Arve dont le bruit couvrait la marche. Cette petite armée se dirigea  ensuite sur Genève par Gaillard, les Terreaux, Champel  jusqu'à la Jonction, pour remonter ensuite vers l'actuelle plaine de Plainpalais.

 Pourquoi a-t-on attendu l'année  1701  pour changer de calendrier? tout simplement parce que les Genevois ont alors suivi les exemples de Zurich, Berne, Bâle et Schaffhouse et Neuchâtel qui alignèrent  leur calendrier sur celui des  Etats protestants allemands. Et les Conseils de Genève décidèrent alors de garder pour la célébration de l'Escalade la date de la nuit du 11 au 12 décembre 1602 vu la proximité trop grande de la date du nouveau calendrier avec celle  de Noël.

Ainsi s'écrivit l'histoire !

Claude Bonard

Extrait et source Elzingre Bourguignottes CB.jpghttp://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F12812.php

Illustration d'Edouard Elzingre

11:01 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

19/12/2018

Décembre 1813 et janvier 1814, deux mois cruciaux pour Genève

Le 4 janvier 1814, à Paris, l’Empereur Napoléon 1er signe un décret par lequel il suspend le baron Capelle, préfet du département du Léman et ordonne que ce magistrat soit traduit par devant une commission d’enquête pour abandon de poste. Pas de doute ! A Genève, depuis quelques jours, la Restauration de la République est bel et bien en marche ! Le 30 décembre 1813, avec le départ des troupes françaises, le destin de Genève bascule une nouvelle fois quinze ans après la perte d’une indépendance de plusieurs siècles. Pourtant, la renaissance de la République conduira à une limitation des droits démocratiques des Genevois. Ce n’est pas rabaisser les grands mérites des acteurs de la Restauration, soucieux de l’intérêt commun, courageux et déterminés et qui risqueront leur vie et leurs biens dans cette périlleuse aventure, que de rappeler que leur objectif ne pouvait être que le retour à l’ordre ancien qui prévalait avant la Révolution genevoise, celui des Patriciens. Joseph des Arts, chef de file et instigateur de la première « Commission de Gouvernement » secrète du 24 décembre1813, avec Ami Lullin et Abraham-Auguste Saladin de Budé n’écrivait-t-il pas 18 ans plus tôt, en 1795 que « les hommes naissent et demeurent inégaux en droit » ou encore que « la souveraineté du peuple est une chose détestable ». D’ailleurs, après la chute du régime impérial en France voisine après Waterloo, on assistera dans toute l’Europe au retour du conservatisme le plus étroit sous l’égide de la Sainte-Alliance. Une fois la Restauration accomplie, Genève allait rapidement se doter d’une nouvelle constitution. Elle sera adoptée le 24 août 1814. La nouvelle charte fondamentale de la jeune République, et ce n’est pas une surprise vu l’air du temps, écartera la majeure partie des Genevois de toute participation à la vie publique.

 Témoin avisé de cette époque, l’avocat et écrivain Amédée Pierre Jules Pictet de Sergy – qui n’était pourtant pas un révolutionnaire - écrira 55 ans après les événements, en 1869 que «  … La constitution de 1814 était   un travail improvisé dans de mauvaises conditions d’étude et de réflexions, et qu’elle a vécu ce que vivent les constitutions ». Et d’ajouter cette phrase superbe : … « Elle est descendue dans le gouffre qui engloutit les œuvres usées et vaincues. Nous sommes loin de songer à l’en exhumer. » Avouez que comme exécution, on ne fait pas mieux !

 Depuis cet instant, une chose est claire : la mèche de la bombe qui provoquera 27 ans plus tard le réveil démocratique de 1841 est allumée. Une nouvelle constitution verra le jour en 1842. Quatre ans plus tard, La révolution radicale de 1846 parachèvera avec éclat le renouveau de Genève.

Claude BonardPerruque des Arts.jpeg

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30/11/2018

Une escalade piteusement manquée et oubliée, La nuit des échelles du 29 mars 1529

Plusieurs gentilshommes fidèles à la Savoie se regroupèrent au sein d'une Confrérie  dite des Gentilshommes de la Cuiller ayant pour chef François de Pontverre. Une première assemblée de cette Confrérie aurait eu lieu en octobre 1527 au  château de Bursinel. En signe de ralliement, ils portaient autour du cou une cuillère attachée par un ruban. 20181130_185214.jpgIls avaient fait le serment "d'avaler Genève" de la même manière qu'ils dégustaient  les mets leur étant servis lors de du banquet de Bursinel. La situation avait déjà empiré pour Genève lorsque le 6 février 1519, un premier traité de combourgeoisie fut signé avec Fribourg au grand déplaisir du duc de Savoie. Les troupes de la Cuiller détroussent depuis lors les marchands et causent de grands dommages aux paysans. Depuis le château de Peney, la ville de Genève est soumise à un dur blocus économique. En 1529, François de Pontverre venu secrètement à Genève fut reconnu et assassiné. Dans son Journal, le syndic Jean Balard écrivit : « Led. Pontvere entra a Geneve par sus le pont des Paquiers en venant par sus le pont du Rosne, son espee traicte, usant de menasses et oultrage par fierté et oultrecuydance en sorte que ceulx de dessus le pont vindrent sur luy a espees en sorte quil fast contrainct de sen aller cacher en la maison du four près la porte dud. pont tyrant sus la corraterye et en icelle fust tue. » En guise de représailles, les gens de la Cuiller décident de s'emparer de Genève en organisant une attaque surprise prévue par une nuit de mars. Plusieurs centaines d'hommes munis d’échelles et de cordes pour escalader les murailles ont pour mission de s'emparer de la ville par surprise. Je cite à nouveau le syndic Jean Balard : « Le 24 jour de Mars les Sindiques furent advertys quil se faisoit gros amas de gensdarmes pour les venir assaillir la nuit suyyante. » Les Genevois étant avertis, l'affaire tourna court et les assaillants se dispersèrent piteusement en abandonnant leur matériel sans même tenter quoi que ce soit. Cet « exploit » ridicule a été nommé par les Genevois la Nuit des Echelles. Il est aujourd'hui presque tombé dans l'oubli. On découvre aussi ce récit aux pages 52 et 53 de la « Petite histoire de Genève à l’usage des écoles du canton » rédigé par Louis Thévenaz, Maître au collège un récit de ce que l’on a appelé ensuite la Nuit des Echelles : “leur audace devint telle que Pontverre osa, un soir, entrer dans la ville. Mais reconnu, il fut poursuivi et impitoyablement massacré. Les Chevaliers, apprenant la mort de leur chef, jurèrent de le venger par une action d’éclat. Ils formèrent le projet de s’emparer de Genève par surprise. Dans la nuit du 29 mars 1529, ils vinrent, au nombre de 800, munis d’échelles et de cordes pour escalader les murailles. Toutes leurs précautions étaient prises ; ils s’étaient même ménagé des intelligences dans la place ; mais au moment de commencer l’attaque, le courage leur manqua ; une terreur subite s’empara d’eux et ils se sauvèrent, abandonnant leurs échelles et leurs engins, mais emportant les fenêtres et les portes de quelques maisons des faubourgs”.

 

Claude Bonard

Source et pour en savoir davantage  : Journal du Syndic Jean Balard, Mémoires et documents publiés par la Société d'Histoire et d'Archéologie de Genève, Tome dixième, Genève, chez Jullien frères, libraires-éditeurs.

Version internet : https://doc.rero.ch/record/27864/files/Gf_280_1_10.pdf

Illustration Louis Dunki

 

 

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