13/05/2017

Il y a 59 ans à Alger... réflexion en marge du 13 Mai 1958

Les gens de ma génération ont certainement encore en mémoire les événements d'Alger du 13 mai 1958. Je me souviens avoir écouté, l'oreille collée au poste de radio sur l'antenne de Sottens et  sur la RTF,  les récits plutôt fragmentaires  et alarmistes qui nous parvenaient d'Alger et de Paris. C'était l'époque d'une IVe République finissante et  instable  où le changement des présidents du Conseil ( le premier-ministre d'aujourd'hui), donnait le tournis : les ministères Mendès France, Mollet, Bourgès-Maunoury, Gaillard, Pfimlin se succédaient en effet à une vitesse incroyable, donnant l'impression d'un carrousel qu'il était impossible d'arrêter.

Les événements se précipitent au cours du mandat de Pierre Pfimlin qui reste seulement 14 jours en fonction et qui est  la cible des reproches de l'opinion et de la classe politique, notamment en Algérie. Les "durs" lui reprochent  ce qu'ils estiment être une timide ouverture en direction du Front de libération en Algérie (FLN). C'est dans ce contexte que dans une ville d'Alger chauffée à blanc, l'émeute éclate le 13 mai 1958. Les partisans de l’Algérie française  arrachent les grilles et prennent d'assaut du  siège  du gouvernement général. Un "comité de salut public" est créé comme aux premiers jours de la Révolution française de 1789 ! Le  très populaire général Jacques Massu le préside, sous l'oeil approbateur  du général Raoul Salan, commandant en chef des forces françaises en Algérie. Les Français d'Algérie et les militaires  dans un élan commun exigent de Paris la formation d'un cabinet ministériel qui défende leur cause.

La capitale est ébranlée et la crainte d'un coup d'Etat militaire se fait vive. En  effet, en Métropole aussi, l'opinion publique s'échauffe. Le terme de " salut public" va prendre une résonance plus grande encore dans les jours qui suivent. Face à cette situation explosive qui ébranle les fondements de la IVe République vermoulue, des consultations informelles ont lieu avec le général de Gaulle retiré alors à Colombey-les-Deux-Églises. Les événements s'enchaînent rapidement. Pierre Pfimlin démissionne et à la demande du Président Coty, le général de Gaulle forme un "gouvernement de salut public" qui annonce la fin de la IVe République et la naissance prochaine de la Ve. Au cours de cette période de crise grave, le pauvre Président René Coty  s'est trouvé  bien seul, mais il avait vu juste,  lui qui avait dit  : " Un régime ne sait se défendre que s'il sait se réformer".

Quid après le 13 mai 1958 ? Dans le cadre de mes travaux historiques du début des années 1970, j'ai été amené à correspondre très brièvement avec les deux principaux acteurs des événements du 13 mai 1958, les généraux Massu et Salan. Des destins d'officiers qui avaient servi leur pays au cours de la Seconde Guerre mondiale, puis en Indochine et en Algérie avec honneur et fidélité. Et puis  soudain, pour eux, tout va basculer.  Après les événements du 13 mai 1958 mais surtout après le Putsch d'Alger du 21 avril 1961, ce sera  l'époque que les historiens ont appelée celle des "soldats perdus". Après l'échec du Putch, le général Salan prend  la tête de l'OAS, organisation secrète créée le 11 février 1961 pour la défense de l'Algérie française par tous les moyens, y compris le terrorisme le plus odieux. Terrible passage que celui du camp de l'honneur à celui de l'opprobre.

Quant au général Jacques Massu il ne participe pas au Putsch d'Alger. Il est rappelé en France puis sert en Allemagne. C'est là que se situe l'épisode encore plus ou moins mystérieux de la visite du général de Gaulle qui vient le voir à Baden-Baden alors que les événements de mai 1968 secouent la France. Dans un contexte plus grave et nauséabond, le nom du général Massu revient sur le devant de la scène au tournant des années 2000 à propos du débat sur l'utilisation de la torture par l'armée française en Algérie. Il lui sera reproché d'avoir couvert ses subordonnés en toute connaissance de cause. L'un d'entre-eux, le général Jacques Pâris de Bollardière  s'élèvera contre  l'utilisation de telles méthodes dans le cadre de la recherche de renseignements. Il sera relevé de son commandement et quittera l'armée en 1961. Ces événements  tragiques constituent  indéniablement l'une des pages les plus douloureuses de l'histoire de  l'armée française. Celles qui couvrent les  années  1957 à 1961, celles de la décolonisation. Les blessures ont été Massu signature.jpglongues à cicatriser.  Assurément, la date du 13 mai 1958 n'est pas une date comme les autres. C'est une date qui a laissé des traces durables dans l'histoire de la France.

 

Illustration : signature du général Massu 

Pour en savoir plus : http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/crise_du_13_mai_1958/131139

et http://www.francesoir.fr/culture-medias/le-coup-detat-du-13-mai-1958-alger-video

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12/05/2017

Le maréchal Jozef Pilsudski à Genève - une page d'histoire

Aujourd'hui, la Pologne commémore le 82e anniversaire de la mort du maréchal Jozef Pilsudski, héros de l'indépendance retrouvée en 1918. En marge de cet événement, il me paraît intéressant de rappeler que la venue du maréchal Pilsudski à Genève est documentée en lien avec les travaux du Conseil de la Société des Nations (SdN) de 1927 consacrés au contentieux polono-lituanien.  

Depuis l’année 1926 en effet,  les relations polono-lituaniennes sont au plus mal en raison de l’attitude du premier ministre Woldemaras, qui a pris le pouvoir le 17 décembre 1926 par un coup d’Etat. Soutenu par l’Allemagne et la Russie, il accuse la Pologne d’avoir des visées expansionnistes sur la Lituanie. Il est vrai que depuis l’annexion de Vilnius par la Pologne le 9 octobre 1920, les relations entre les deux pays sont exécrables. Le 5 septembre 1920 déjà, la Pologne saisissait le Conseil de la SdN afin de trouver une solution diplomatique au conflit. 

En 1927, la situation se dégrade encore plus et la Lituanie est quasiment en état de guerre avec la Pologne. Les écoles polonaises sont fermées, les associations polonaises dissoutes, ce qui engendra des mesures de rétorsion polonaises à l’encontre des intérêts lituaniens en Pologne, notamment à Wilno. La Lituanie saisit la SdN et porte plainte contre la Pologne. A son tour, Varsovie adresse une note diplomatique aux principales puissances membres de la SdN réfutant le 29 novembre 1927, la thèse de l’agression et du complot. Afin d’apaiser les tensions, Pilsudski décide de se rendre à Genève dans le courant du mois de décembre. Le Journal de Genève consacre un article à la visite du maréchal à Genève en 1927( cf. Jal de GE du 9 juin 1935 voir www.letempsarchives.ch). Cet article fut publié peu après le décès du maréchal Pilsudski le 12 mai 1935. 

Voici la relation que donne le journaliste polonais Konrad Wroz du séjour genevois de Pilsudski : « Nous sommes en décembre. Il est midi. Un train arrive en gare de Genève. Une des voitures de couleur vert fonçé, plus grande que les autres, est le wagon-salon du maréchal. La délégation polonaise, des délégués étrangers, la colonie polonaise, et les journalistes internationaux sont venus saluer le maréchal. Le voilà qui descend, ayant à ses côtés son chef de cabinet, Monsieur Joseph Beck, aujourd’hui ministre des affaires étrangères, au grand hôtel des Bergues. La délégation polonaise occupait les pièces portant les numéros 111, 112 et 112a. Le numéro 13 n’existe pas dans les hôtels suisses. Mais comme c’est le chiffre favori du maréchal, on a changé l’écriteau, en apposant sur la porte de sa chambre le chiffre 113. Le colonel Beck monta en auto en compagnie du conseiller de l’ambassade de Pologne à Paris, M. Muehlstein, pour déposer chez tous les délégués une carte de visite où figuraient ces deux mots : JOZEF PILSUDSKI. Rien que le prénom et le nom, aucun titre. Quelques heures plus tard, les délégués étrangers fourmillaient dans le hall de l’hôtel des Bergues. Le maréchal a parlé de l’affaire lituanienne aux délégués des puissances. Il a montré une carte postale qu’on n’a pas pu envoyer de Pologne en Lituanie, à sir Austen Chamberlain, qui n’a pas été peu étonné d’apprendre qu’en plein Xxe siècle, à l’âge de la radio, il pût exister encore des Etats aux frontières hermétiquement closes. » 

Pendant son bref séjour genevois ( un jour et demi), Pilsudski rencontre plusieurs personnalités dont Aristide Briand, Chamberlain, Stresemann et le rapporteur de la SDN sur le conflit polono-lituanien, le hollandais Belaerts von Blokland. Il tint à Monsieur von Bloklandun discours fort peu diplomatique, lui déclarant abruptement : « Je me refuse de croire que vous soyez capables de faire quoi que ce soit d’une manière expéditive. Vous autres, vous êtes des civils et les civiles se complaisent aux bavardages ». ( www.letempsarchives.ch)

La suite des discussions se déroule toujours dans un climat très tendu. Pendant les deux jours qui suivent, le différend polono-lituanien fait l’objet des discussions du Conseil de la S.d.N. C’est alors qu’un événement de l’histoire genevoise vient compliquer une situation qui l’était déjà suffisamment. En effet, en raison de la commémoration de l’Escalade, le Conseil décide d’ajourner ses travaux, lesquels ne devraient reprendre que le lundi suivant...Cette décision irrite Pilsudski qui entend quitter Genève sans délai. Le Conseil de la S.d.N. prend fort mal sa réaction et une séance extraordinaire à laquelle il assistera en compagnie du colonel Beck est convoquée dans l’urgence pour éteindre l’incendie diplomatique causé par la décision d’ajourner les travaux en raison de la commémoration de l’Escalade ! C’est au cours de cette session qu’est élaboré un compromis qui apaise pour un temps la crise entre la Pologne et la Liutanie. La résolution adoptée par le Conseil le 10 décembre 1927 recommande aux deux gouvernements d’entamer des négociations directes afin d’arriver à l’établissement de relations « de nature à assurer entre les deux Etats, la bonne entente dont la paix dépend ».

Cette décision ne sera pas suivie d’effets et ne constituera qu’un répit de courte durée car en 1935, au moment de la mort de Pilsudski, le contentieux entre les deux nations sera toujours aussi aigu. Ce n’est qu’en 1938 que le différend polono-lituanien sera résolu et le Journal de Genève s’en fait largement l’écho dans son édition du 22 mars 1938. ( www.letempsarchives.ch)

Avant de quitter Genève en décembre 1927, Pilsudski déclare à Aristide Briand :« L’action de la Société des nations sera toujours entachée de faiblesses dans toutes les questions concernant l’est européen ».

Il devait aussi ajouter que « la Société des nations devrait avoir pour siège une ville située plus près du centre de l’Europe, afin d’avoir plus d’influence sur les problèmes touchant sa partie orientale » . ( www.letempsarchives.ch)

Claude Bonard

 

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11/05/2017

Bartolomeo Colleoni, la statue d'un condottiere bergamasque à Varsovie... étrange non ?

 Les touristes qui visitent Varsovie vont s'étonner de voir dans la cour intérieure de l'Académie des beaux-arts, presque cachée aux yeux des passants, une imposante statue qu'ils ont l'impression de connaître.... "Damned" j'ai déjà vu ça, mais où ???? "  Rentrant chez eux, nos visiteurs vont aller cliquer sur Google. "Bon sang et mais c'est bien sûr !"  vont-ils s'exclamer à l'instar du commissaire Bourrel. Alors, de qui s'agit-il ?

Réponse : 2014-09-05 12.55.27.jpgCet imposant ensemble de bronze est une réplique de la monumentale statue équestre de Verrochio représentant le condottière Bartolomeo Colleoni. Pourquoi alors cette statue est-elle exilée à l'Est de l'Europe ?  La raison en est simple ! J'ai découvert qu'Il existait avant la seconde guerre mondiale dans la grande ville allemande de Stettin, proche de la Baltique un musée qui avait la caractéristique de présenter au public des copies de statues célèbres de l’Antiquité et de la Renaissance. Les responsables du musée passèrent commande à Venise d’une réplique de la statue de Verrochio, exposée sur le Campo dei Santi Giovanni e Paolo. Dès 1913, la copie constitua l’attraction principale du musée de Stettin.

A la fin de la seconde guerre mondiale, la ville de Stettin fut détruite à près de 70% et à l’issue des tractations de Yalta, la cité fut attribuée à la Pologne en 1946 après de longs marchandages entre Staline et Churchill. La ville qui prit le nom de Szczecin constitua alors la frontière entre l’Allemagne de l’Est et la Pologne. Miraculeusement, malgré les bombardements et les destructions, la statue de Colleoni avait « survécu ». Elle fut acheminée à Varsovie en 1948 où elle resta jusqu’en 2002.Les autorités de Szczecin entreprirent des démarches pour récupérer leur Condottière, qui fait partie du patrimoine de leur ville. Ils eurent finalement gain de cause et désormais, la statue est visible sur le « Plac Lotnikow » de Szczecin. Mais, le fin mot de l’histoire le voici : Les Varsoviens voulaient aussi avoir Bartolomeo Colleoni chez eux. Ils s’y étaient habitués depuis 1948. Ils firent donc faire une copie de la copie…. Raison pour laquelle la statue équestre de Bartolomeo Colleoni peut être admirée en trois lieux différents : Venise, Szczecin et Varsovie. Du haut des cieux, c’est Verrochio qui dont être content !

Merci à mon ami Vladimir Granzerio, vénitien dans l'âme de m'avoir  incité à faire cette modeste recherche.

 

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