22/09/2017

Genève et ses transports publics - en octobre 1902, des violences qui marquèrent durablement les esprits

Genève et ses transports publics c'est une longue histoire faite de "je t'aime moi non plus" et, entre usagers, gestionnaires et milieux politiques,  à de nombreuses reprises depuis la création des premiers trams, on s'est chamaillé  - et on se chamaille toujours - sur le mode d'une  mésentente plus ou moins cordiale. Une fois pourtant, en 1902, les choses ont véritablement dégénéré. La  violence a pris le pas sur la négociation.  En effet, Le  31 août 1902, une grève des tramelots éclate.  Ils  protestent contre le licenciements de plusieurs dizaines d'ouvriers de la Compagnie genevoise des tramways électriques (CGTE). La grève dura deux jours et concerna   196 wattman et conducteurs, 65 ouvriers de dépôt, 50 des ateliers, 66 surnuméraires, 50 ouvriers de la voie, 12 du service des lignes aériennes, 30 contrôleurs et personnel des stations, plus 20 employés des bureaux, soit au total 489 personnes ( chiffres cités par J.-C. Mayor).  Dans les semaines qui suivent, le calme n'est qu'apparent. Le feu couve en effet sous la cendre en raison du mur d'incompréhension qui sépare la direction de la compagnie qui reste "droit dans ses bottes"  et le personnel qui réclame non seulement la réintégration des collègues licenciés mais une hausse salariale. L’arbitrage du Conseil d’Etat se solda par un échec. En octobre 1902, une nouvelle grève des tramways paralysa Genève.  Le calme ne revint pas, bien au contraire. L'armée  fut appelée à la rescousse  pour soutenir la gendarmerie au niveau du service d'ordre car le mouvement s'était étendu. A partir du 1er octobre, d'autres corps de métiers firent grève à leur tour et des milliers de manifestants battirent le pavé genevois.  Le 10 octobre, sur le pont de l'Ile notamment,  ce fut l'affrontement tant redouté par le gouvernement. Des heurts opposèrent les manifestants et la troupe  générant plusieurs blessés de part et d'autre. La police procéda à 250 arrestations et il y aura 110 expulsions, dont de nombreux manifestants d'origine italienne.

Dans ce contexte si perturbé, la célébration du 300e anniversaire de l’Escalade prévue pour décembre 1902 fut  purement et simplement annulée. Grève Trams 1902.jpegElle aura lieu six mois plus tard, le  1er juin 1903 !

Claude Bonard

Source :   : Mayor Jean-Claude, Images et événements genevois 1900-1945, Genève, Slatkine, 1989,

https://www.lecourrier.ch/112441/en_1902_une_foule_de_grevistes_deferle_a_la_pointe_de_la_jonction

 
 

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21/09/2017

21 septembre 454 Aetius est assassiné. Un personnage oublié auquel Genève doit beaucoup.

Peu d'entre nous se souviennent du nom de Flavius Aetius, sénateur de Rome et chef de guerre de l'armée de l'Empire d'Occident sous le règne de l'empereur Valentinien III. Et pourtant, Genève doit beaucoup à ce brave général. Petit rappel des faits. L'historien Justin Favrod nous rappelle dans son passionnant ouvrage consacré aux Burgondes que c'est le général romain Aetius aidé de mercenaires Huns qui arrêta les Burgondes qui fonçaient sur l'actuel territoire de la Belgique en 436. Justin Favrod nous rappelle aussi que c'est une notice placée sous l'année 443 après J.-C d'une chronique anonyme du 5e siècle qui relève que “La Sapaudia est donnée aux débris du peuple burgonde pour être partagée avec les indigènes”. Or Sapaudia veut dire “le pays des Sapins” et ce territoire couvrait en gros Genève et sa région, une partie du Plateau suisse et aussi de la Savoie actuelle.  (Sapaudia - Savoie !). Les livres d'histoires du temps de nos grands-parents relevaient que les Burgondes étaient considérés “comme les plus doux des barbares gouvernés par un roi”.

Les Genevois connaissent bien l'un d'entre-eux , Gondebaud, qui a sa statue encastrée dans une façade à la place du Bourg-de-Four. En effet, Genève puis Lyon fut la capitale des rois burgondes. Cruel, et peu regardant s'agissant des affaires de sa famille, Gondebaud massacra ses frères qui s'étaient révoltés contre lui. Il épargna toutefois deux filles dont l'aînée fonda à Genève le prieuré de Saint-Victor ; quant à la cadette, Clothilde, elle va entrer dans l'histoire en épousant Clovis, roi des Francs. Le fils et successeur de Gondebaud, Sigismond sera proclamé roi à Carouge en 516 et on lui doit la création de l'abbaye de Saint-Maurice . C'est aussi au roi Gondebaud, législateur averti, que l'on doit les “Lois Gombettes” (Lex Gundobada, Gombata, Liber legum Gundobati, Liber constitutionum, Lex inter Burgundiones et Romanos) codifiant l'ensemble des textes régissant la vie des Burgondes.

 Donc résumons : Sans le geste magnanime de Flavius Aetius, nous n'aurions pas eu de “Sapaudia”, pas de pays des Sapins, donc pas de Savoie ni de Bourgogne. Les “gentils” Burgondes, les plus doux des barbares, n'auraient pas fait de Genève leur capitale même si leur royaume fut absorbé plus tard par les Francs en 534. Pour le surplus, nous n'aurions pas la chance d'avoir eu en la personne de Gondebaud un roi au Ve siècle à Genève qui a a statue encore aujourdhui en vieille-ville. C'est donc la moindre des choses que d'avoir aujourd'hui une pensée pour Flavius Aetius mort assassiné il y a 1563 ans aujourd'hui   et sans lequel, tous ces événements n'auraient pas eu lieu !

 Claude Bonard

 Aetius-Flavius.jpgSources : Justin Favrod, Les Burgondes, un royaume oublié au cœur de l'Europe, collection le savoir suisse, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2002, 142 p.

Pierre Bertrand et Edouard Elzingre, L'Histoire de Genève en bandes dessinées et documentées, Genève, éditions Tribune de Genève, 1975, 77 planches.

Louis Binz : Brève histoire de Genève, Genève, Chancellerie d'Etat, 1981, 78 p.

 

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19/09/2017

Révolution genevoise du 7 octobre 1846 et dissolution du Sonderbund en 1847, deux événements étroitement liés.

L'anniversaire de la révolution fazyste du du 7 octobre 1846 ne donne étrangement Fazy 1846.jpg lieu à aucune commémoration dans notre République. Pourtant, il s'agit d'un événement déterminant, s'agissant de l'histoire des institutions genevoises. Un événement qui aura aussi une incidence capitale sur une page mouvementée de l'histoire de la Suisse. Petit rappel des faits. A Genève, le 3 octobre 1846, le Conseil d’Etat et la majorité du Grand Conseil interdisent à la députation genevoise à la Diète fédérale de voter la dissolution du Sonderbund. Situation paradoxale que celle de « Genève, canton réformé, soutenant, pas toujours nettement, ni toujours franchement, les cantons catholiques ». (citation de François Ruchon). Le climat politique se détériore. La ville est en ébullition. Deux politiques sont en présence, « Saint-Gervais contre la Ville haute ». Le 7 octobre à 15h16, c’est la guerre civile. Les canons de la milice pilonnent les barricades de Saint-Gervais. Bilan de la journée, 17 morts de nombreux blessés. La suite, on la connaît. Les gens du Faubourg prennent le dessus. Les autorités sont dissoutes et c’est la victoire de James Fazy et des siens. Quelques explications s'imposent pour comprendre ce qu'est le Sonderbund. A Lucerne, où s'opposent les milieux catholiques conservateurs et les libéraux, le Grand Conseil décide en octobre 1844 de rappeler les Jésuites et de leur confier l'enseignement secondaire supérieur. Une décision confirmée par le peuple qui suscite de véhémentes protestations au sein des milieux protestants et libéraux. Des troubles éclatent. Les libéraux mobilisent des corps francs. Ces colonnes armées vont sévir en 1844 et 1845 et lancer des raids meurtriers sur Lucerne. La Diète fédérale reste impuissante et la tension monte. Les cantons de Lucerne, Uri, Schwytz, Unterwald, Zoug, Fribourg et du Valais concluent une alliance défensive séparée (Sonderbund) pour garantir leur souveraineté. A Berne, Zurich, mais aussi Genève et Lausanne, de vives protestations ont lieu. Désormais, les tensions religieuses empoisonnent le climat dans toute la Suisse. Deux conceptions politiques s’affrontent. Les cantons du  Sonderbund  face aux gouvernements cantonaux progressistes qui exigent des mesures de répression visant à la dissolution de l’alliance séparée. Le 20 juillet 1847, la Diète vote la dissolution du Sonderbund, les cantons progressistes ayant désormais la majorité grâce notamment à la voix du nouveau gouvernement radical genevois de James Fazy. Des négociations ont lieu afin de faire revenir à la raison les cantons séparés. Rien n'y fait et après une ultime tentative de médiation se solde par un échec. Le 4 novembre, la Diète nomme le Genevois Guillaume-Henri Dufour à la tête de l'armée fédérale avec la mission de réduire le Sonderbund par les armes. Le conflit sera de courte durée (25 jours) et les pertes humaines limitées, ce qui permettra à Dufour de mettre à profit ses talents d’humaniste et de pacificateur afin de faire revenir la concorde au sein des cantons.

 

Claude Bonard

 

 

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