09/05/2017

Constitution polonaise...serait-ce la faute à Rousseau ?

 

 

 En Pologne, mercredi dernier, à l'occasion de la fête nationale du 3 mai, le Président de la République a annoncé officiellement qu'un référendum serait organisé à l'issue d'un débat constitutionnel visant à renforcer les pouvoirs du chef de l'Etat. Les débats seront, à n'en pas douter, passionnés. En tant que résident genevois passant une partie de mon temps à Varsovie, je m'abstiendrai de tout commentaire de nature politique sur ce projet.

En revanche, il me paraît aujourd'hui intéressant de vous livrer quelques considérations de nature historique. La Constitution actuelle de la République de Pologne date de 1997. Pourquoi une telle annonce présidentielle le jour de la fête nationale, qui plus est sur un sujet aussi fondamental  ? Probablement parce que ce jour est appelé en Pologne la “Fête de la Constitution”. C'est en effet le 3 mai 1791, que les patriotes de la noblesse “éclairée” promulguèrent ce texte novateur à l'issue des travaux de la Grande Diète. Le souffle de la Révolution française avait atteint les bords de la Vistule. Une Constitution dont on dit jusqu'à aujourd'hui qu'elle est “la première d'Europe et la deuxième au monde”.  C'est à la fois juste et faux mais ne chipotons pas. Notre compatriote Jean-Jacques Rousseau – décidément, que n'a-t-il pas écrit dans sa vie ! - avait déjà rédigé en 1765 un projet de Constitution pour la Corse. Un projet toutefois resté lettre morte vu l'évolution de la situation politique sur l'île.

Mais revenons à la Pologne. En 1764, à Varsovie, Stanislas-Auguste Poniatowski règne sous le nom de Stanislas II. Le rayonnement culturel et artistique du royaume se caractérise par un essor remarquable. En revanche, le roi, qui avait été l’amant de la Grande Catherine deviendra insensiblement l’otage du parti pro-russe, ce qui provoquera en 1768 la révolte d’une partie de la noblesse polonaise réunie en Confédération, désireuse de s’opposer aux prétentions de la Russie sur le royaume de Pologne et qui proclame la déchéance du souverain.

Cette insurrection (en France on appellerait ça une Fronde), prend le nom de Confédération de Bar, localité située aujourd’hui en Ukraine occidentale. A l’issue d’une guerre civile dont les effets seront dévastateurs, c’est l’échec de la Confédération, vaincue en 1772. C’est dans le contexte de ce soulèvement que Rousseau avait été approché  en quelque sorte au titre "d'expert en droit constitutionnel" par le comte Michel Wielhorski, venu en France en 1770 pour solliciter l’appui du roi au profit des Confédérés. A cette époque, Rousseau réside à Paris. Ses positions philosophiques en faveur de la liberté, du républicanisme et du patriotisme sont connues depuis la publication en 1762 du « Contrat Social ». 

Rousseau répond favorablement à cette demande et accepte de rédiger le socle d’une charte fondamentale adaptée à une Pologne nouvelle, purgée de ses vieux démons. Bien que n’étant jamais allé en Pologne, Rousseau identifie les problèmes qui minent l’Etat polonais. Son objectif est donc de proposer à ses interlocuteurs un modèle de constitution permettant d’amener progressivement la société polonaise à un niveau qui permette l’émergence d’une  forme d’égalité politique inspirée du modèle du Contrat social.

Le mandataire de Rousseau va se servir de ce « rapport d'expert » intitulé  "Considérations sur le gouvernement de Pologne et sur sa réformation projetée" pour le diffuser secrètement en France auprès des plus influents personnages du Royaume de France. Selon l'historien Daniel Reichel , Necker et Mirabeau en auraient pris connaissance. En 1774, Rousseau prend fort mal le fait que contre sa volonté, Wielhorski ait distribué sans autorisation de sa part, un certain nombre d’exemplaires du texte. L'original du texte qui avait été remis à Wielhorski est conservé aujourd'hui à la Bibliothèque Czartoryski de Cracovie. Le Neuchâtelois, Pierre-Alexandre Du Peyrou, fidèle ami de Rousseau avait toutefois conservé avec soin une copie de travail manuscrite annotée par Rousseau déposée aujourd'hui  à la Bibliothèque de Neuchâtel. En 1791, les auteurs de la Constitution polonaise du 3 mai avaient certainement examiné attentivement le projet de Rousseau. Finalement, ils se sont inspirés d'un modèle plus récent que le sien, celui de la  Constituante française.

Aujourd'hui, 226 ans après le 3 mai 1791 et 20 ans seulement après la promulgation de la Constitution polonaise de 1997, qu'en sera-t-il du  toilettage , voire de la refonte constitutionnelle  annoncé à l'horizon 2018 ? Personne ne peut le dire à ce jour mais  je  me demande ce que dirait  Rousseau aux Polonais, lui qui leur écrivait en 1770 : "Maintenant, las des troubles de votre patrie, vous soupirez après la tranquillité ; je crois fort aisé de l’obtenir ; mais, la conserver avec la liberté, voilà qui me paraît difficile ». Sa vision  d'un tel projet aujourd'hui serait intéressante à plus d'un titre, mais quoi qu'il en soit, cette fois, "ce ne sera pas la faute à Rousseau".  Qu'il repose en paix dans  son panthéon céleste, 

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01/05/2017

Patriote ou Patriotard.... là est la question... Une nouvelle version pernicieuse des contes de Grimm

Patriote ou Patriotard.... là est la question !  

Tels  sont notamment les enjeux des bagarres d'idées qui secouent de plus en plus notre vieux monde. Des confrontations qui, selon les circonstances, peuvent rapidement dégénérer. Des duels - au propre et au figuré - que nos amis français ont eus déjà à connaître au 19e siècle notamment au moment de l'émergence sur la scène politique du fanfaronnant général Boulanger. Nous étions en 1886 ! Personne ne pensait  à ce qui allait suivre ! Le mouvement du moustachu général Boulanger était un signe annonciateur d'autres courants politiques. Ceux des régimes politiques  des années 1920 à 1930, volontiers autoritaires, associant et glorifiant le nationalisme au nom d'un idéal collectif fédérateur. Nous savons tous aujourd'hui comment ces funestes musiciens, dignes du conte du "Joueur de flûte de Hamelin" des frères Grimm, ont entraîné le monde  à deux reprises dans les catastrophes les plus terribles. Aujourd'hui, 72 ans plus tard, contrairement à l'adage qui veut qui la musique adoucisse mes moeurs, d'autres joueurs de flûte tentent à nouveau de nous charmer avec leurs fatales mélodies. nous ne devons pas tomber sous leur charme. Bien au contraire, nous devons prendre garde plus que jamais !

Ouvrons les yeux ! Nous avons un peu partout en Europe, en France, en Belgique, en Hollande, en Europe centrale et de plus en plus en Europe de l'Est, au coeur de pays ayant retrouvé leur indépendance il y a tout juste un quart de siècle, des groupuscules et des "partis" constitués de gens qui n'ont rien appris et qui, pour le surplus, se complaisent souvent dans le révisionnisme de l'histoire. Ici, j'apprends ce soir qu'ils veulent enlever des fenêtres, les drapeaux de l'UE alors que leur pays bénéficie  largement depuis plus de vingt ans des fonds de cette même UE, et aussi de ceux de la Suisse suite au vote de 2003. Ce faisant, ces gens réécrivent avec des  circonvolutions martiales  leur histoire. C'est leur problème, pas le mien. Je ne me permettrais d'ailleurs pas, comme "étranger", de commenter cette Histoire. Une histoire que j'aime et que je révère. Une histoire chère à mon coeur.  Pourtant, au nom de "l'Esprit de Genève", je ne peux pas tolérer que des individus, des groupes organisés, des mouvements politiques, au nom de leur vision de la Patrie, de leur vision de Dieu, de Jésus, et  pour certains, de leur vision  d'autrui et de la société,   se déclarent patriotes alors qu'en fait, ils sont des patriotards. Ils n'en sont que plus nocifs et j'ai horreur de ça. Alors de grâce, ne nous laissons plus charmer ni par le moustachu général Boulanger d'antan, ni par les fans du joueur de flûte de Hamelin ! Ni ici, ni ailleurs ! Notre monde mérite mieux ! Et l'heure est plus grave que vous ne le croyez !  Je vous le dis depuis là où je me trouve ! 

Claude BonardHameln1.jpg


Lire : http://gallica.bnf.fr/…/bpt6k1128115.r=%22G%C3%A9n%C3%A9r...
http://www.medias19.org/index.php?id=12316#tocto1n9

http://www.odc-orne.com/IMG/pdf/Dossier_pedagogique-53.pdf

Illustration : Wikipedia

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28/04/2017

Le coq et l'aigle noir

“La haine, c’est l’hiver du coeur”

Victor Hugo

coq job.jpgCette illustration de JOB me fait penser à des événements très actuels. Jacques Onfroy de Bréville, dit JOB, était un illustrateur français décédé en 1931 à Neuilly-sur-Seine. Son nom d'artiste, « Job », est composé à partir de l'initiale de son prénom "Jacques et de celles de son nom de famille, Onfroy de Bréville. Ses livres d'histoire, illustrés par son talent, ont enchanté des générations d'enfants. J'en suis toujours friand. C'est mon côté enfant qui ressort ( à 71 ans!). Ceux de ma génération et de celles qui ont précédé ont rêvé en tournant les pages de  "Murat", "Le Grand Napoléon des petits enfants", "Jouons à l'histoire", "Louis XI", "Napoléon", "Bonaparte" et "Les Gourmandises de Charlotte" notamment.  Ces ouvrages ont  pourtant  stimulé un nationalisme exacerbé qui a conduit à la confrontation de 1914-1918. On le mesure aujourd'hui, ce qui n'enlève rien au talent de l'artiste.  En Alsace, le génial illustrateur "Hansi", au même titre que JOB, a  dessiné de féroces satire anti-allemandes, fort heureusement passées de mode aujourd'hui. Hansi demeure pourtant un artiste incontournable en Alsace, au même titre qu'Edouard Elzingre, le peintre de l'Escalade et de l'histoire genevoise l'est chez nous.

Cette affiche de propagande dessinée par jOB remonte à une époque fort heureusement révolue, celle de la "revanche".  Une "revanche" suivie  de la "Der des Der" si sanglante. Et 21 ans plus tard, notre continent sombrait à nouveau dans une violence et lune terreur plus dévastatrices encore. Aujourd'hui, 72 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, cette affiche me semble à nouveau d'une brulante actualité. Elle doit nous inciter à nous souvenir. Rien n'est acquis définitivement. Je trouve ce graphisme plutôt en phase avec la période que nous vivons.... l'aigle noir à terrasser n'étant plus l'aigle de 1914. Le coq triomphant de 1918 est devenu  pacifique et l'aigle d'outre Rhin cheminent aujourd'hui main dans la main pour la défense de la démocratie.

En revanche, d'autres volatiles noirs maléfiques rodent dans le ciel de l'Europe et du monde. Et ce ciel n'a pas de frontières. Alors prenons garde !  JOB et Hansi ont des successeurs. Fasse le ciel que les orages qui plombent l'horizon  ne leur donne  pas l'opportunité de dessiner  à  nouveau de sombres et belliqueux volatiles ! 

Claude Bonard 


Illustration, collection CB

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