05/07/2017

En marge de la visite du président américain à Varsovie. Pourquoi les Polonais aiment tant les Américains  et vice-versa ?

La Pologne accueille dès ce soir le président américain Donald Trump pour une visite officielle dont le point culminant aura un caractère très symbolique avec une allocution publique le 6 juillet devant le monument de l'insurrection de Varsovie de 1944. Cette visite fortement médiatisée par les autorités et les médias polonais mobilise toutes les énergies à Varsovie. Ce n'est pas la première fois qu'un président américain fait le voyage de Varsovie. On se souviendra des accueils enthousiastes réservés en son temps à Richard Nixon,  George Bush senior ou encore  à Barak Obama.

Cette relation privilégiée avec les USA s'est déjà exprimée l'an dernier vu que c'est à Varsovie qu'a eu lieu les 8 et 9 juillet 2016 le sommet de l'OTAN. Une OTAN qui a notablement renforcé sa présence militaire à l'Est de l'Europe afin de faire face à toute menace potentielle en raison du conflit larvé en Ukraine. Les Polonais ressentent une attirance profonde et une admiration qui ne s'est jamais démentie envers les Etats-Unis d'Amérique. Ces sentiments ne s'expriment pas seulement depuis la crise ukrainienne ou la fin du communisme. Elle remonte bien plus loin dans l'histoire et s'explique par différents facteurs historiques. Alors que la Pologne n'existait plus en tant qu'état indépendant depuis 1795, partagée qu'elle était entre la Russie tsariste, la Prusse et l'Autriche, on assista dès le début des années 1820 à l'émigration de nombreux polonais vers les Etats-Unis et le Canada. Ces vagues d'émigration s'amplifièrent dès les années 1870 et les historiens estiment à près de quatre millions, le nombre de Polonais ayant quitté leur pays pour rejoindre le nouveau monde. Aujourd'hui, chaque Polonais sait que la plus grande ville polonaise après Varsovie est... Chicago. Quant aux Américains, ils portent une affection toute particulière à la Pologne car deux figures polonaises mythiques sont devenues des héros en Amérique, à savoir Tadeusz Kosciuszko (1746-1817) et Casimir Pulaski. (1745-1779). On trouve aux USA de nombreux monuments qui rappellent leur mémoire  : à West Point, à New York, à Chicago, dans le Minnesota pour ne citer que ces quelques exemples. Il y a aussi un Kosciuszko Bridge à New York, une Kosciuszko Way à Los Angeles, une Kosciuszko street à Nanticoke. Une ville porte son nom dans le Mississippi. Il en va de même s'agissant du général Casimir Pulaski. Des villes, des rues, des ponts, des places et des jardins publics portent son nom. Pulaski a même sa statue équestre à Washington à la Freedom Plaza, 13th Street / Pennsylvania  Pour les passionnés de “House of Cards”, je signale que l'on aperçoit brièvement sa statue sur les images du générique de la série télévisée. Si Casimir Pulaski n'avait pas d'attaches avec la Suisse, il n'en va pas de même s'agissant de Tadeusz Kosciuszko. Né dans une famille noble et ayant été formé à l'académie militaire de Varsovie, il quitte brièvement la Pologne pour s'établir en France avant de tenter l'aventure américaine avec l'immense succès que l'on sait. Revenu en Pologne il prend la tête de l'insurrection de 1794 contre les Russes. Après quelques succès initiaux, après deux ans de lutte, Kosciuszko est battu et tombe aux mains des Russes. Fort heureusement gracié par le tsar Paul 1er, il repart pour l'Amérique puis revient en France où Napoléon cherche sans succès à s'attacher ses services afin de défendre la cause polonaise. A la chute de l'Empire, Kosciuszko qui avait noué de solides amitiés avec des Suisses établis en France décide de s'installer à Soleure à l'invitation de son ami Zeltner. Habitant un modeste logis à la Gurzelngasse 12, il donne des cours de langue allemande. Il décède des suites d'une chute de cheval en 1817. Une chapelle funéraire rappelle sa mémoire à Zuchwil près de Soleure, décorée par les soldats polonais internés en Suisse de 1940 à 1945. La dépouille de Kosciuzsko sera ultérieurement rapatriée en Pologne et repose au château du Wawel à Cracovie. En Suisse, en 1870, un Musée National Polonais a été créé par le comte Wladislaw Broel-Plater, (1808-1889) dans le château de Rapperswil. Jusqu’à la résurrection de la Pologne en 1918, ce musée fut  le « sanctuaire » destiné à témoigner de la substance indestructible du peuple polonais”. En 1895, un mausolée fut édifié dans la tour du Château afin d'accueillir l’urne contenant le cœur de Tadeusz Kosciuszko. Une fois l'indépendance du pays retrouvée, c'est en 1927 que les collections sont transférées à Varsovie, de même que l’urne contenant le cœur de Kosciuzko. Quant à Casimir Pulaski, son destin va changer en 1764, à Varsovie. Le  roi Stanislas-Auguste Poniatowski succède à Auguste III et règne sous le nom de Stanislas II. Sous son règne, le rayonnement académique, culturel et artistique de la Pologne se caractérise par un essor remarquable. En revanche, le roi, qui avait été l’amant de la Grande Catherine deviendra insensiblement l’otage du parti pro-russe, ce qui provoquera en 1768 la révolte d’une partie de la noblesse polonaise. Cette insurrection (en France on appellerait ça une Fronde), prend le nom de Confédération de Bar (localité située aujourd’hui en Podolie, Ukraine occidentale). A l’issue d’une guerre civile dont les effets seront dévastateurs, c’est l’échec de la Confédération, vaincue en 1772. Pulaski fuit la Pologne pour s'établir en France où il fait la connaissance de La Fayette avec lequel il va rejoindre l'Amérique. Lors de la  bataille de Brandywine en 1777 il sauve la vie de Georges Washington qui lui donne le commandement de la cavalerie américaine. Pulaski est tué lors du siège de Savannah.

En conclusion, si les Américains expriment aujourd'hui encore leur gratitude aux grandes figures venues d'Europe afin de prêter main forte à Georges Washington au moment de la guerre d'indépendance, les Polonais aiment à rappeler le rôle de leurs héros qui ont contribué à cette lutte. Par ailleurs, des liens étroits ont été tissés entre Polonais restés au pays et Polonais émigrés aux Etats-Unis d'Amérique. Ceci peut en partie expliquer pourquoi les président Donald Trump sera bien accueilli à Varsovie nonobstant toute autre considération d'ordre purement politique.

 

Kosciuszko Kossak.jpgClaude Bonard

16:54 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

04/07/2017

De Juillet 1782 à juillet 1794, sale temps politique à Genève

De juillet 1782 à juillet 1798, le baromètre politique est sur "tempête" à Genève.  Le mois de juillet 1782 est un mois synonyme d'agitation politique et d'occupation militaire pour la République. En effet, l20170704_125051 (1).jpges armées de Berne, du roi de France et aussi de Sardaigne interviennent militairement et rétablissent l’ordre à Genève à la suite du soulèvement des Natifs et de ses suites. En effet, de nombreux membres de la fraction conservatrice des autorités, connus sous le nom « d’Ultra-Négatifs » sont arrêtés à la suite de cette insurrection et détenus en tant qu’otages. Un nouveau Conseil général est réuni, qui élit de nouveaux membres des Conseils, lesquels ne sont pas reconnus par les cantons suisses effrayés par cette poussée révolutionnaire. Berne et Zurich rompent leurs relations diplomatiques avec Genève. Le roi de France prend fort mal cette révolution qui éclate à ses frontières et le roi de Sardaigne, Victor-Amédée III ne veut pas laisser au seul roi de France et à Berne, l’initiative de pacifier Genève qui doit alors faire face à une coalition de trois armées qui vont converger vers la cité. L’armée bernoise est commandée par le général Robert-Scipion de Lentulus, âgé de 68 ans. Il établit son camp à Bois-Bougy près de Nyon avec trois bataillons de grenadiers, de la cavalerie et son artillerie. Il marche sur le Petit-Saconnex et Varembé. Au même moment, Français et Sardes marchent aussi sur Genève. Sous le commandement du maréchal de camp Charles-Léopold, marquis de Jaucourt, 6'000 hommes prennent leurs quartiers dans le pays de Gex. Les troupes sardes, soit 4’000 sont commandées par le comte de La Marmora, lieutenant-général du Royaume en Chablais, Genevois et Faucigny. En ville, la volonté de résister est fortement ébranlée et finalement, les Représentants renoncent à la lutte. Le 2 juillet 1782, les trois armées pénètrent dans la ville. Les anciennes autorités sont restaurées sous la protection des baïonnettes. Cette occupation militaire durera plusieurs mois jusqu’à la promulgation d’un nouvel édit, appelé par les Genevois, le « Code noir ». Une épuration violente condamne à l’exil de nombreux Représentants dont les biens sont confisqués. Bénédict Dufour fait partie des proscrits et c’est à Constance, en exil, que naîtra son fils Guillaume-Henri, le futur général. Quant aux Habitants et Natifs, ils perdent les droits qu’ils avaient acquis antérieurement. Les cercles politiques sont supprimés. La fête de l’Escalade est interdite. Pourtant, cet apparent succès des Ultras sera de courte durée.

 De nouvelles secousses politiques doublées de sérieuses difficultés économiques affecteront Genève dès 1785. En janvier 1789, alors que le lac et le Rhône sont gelés et que les moulins ne fonctionnent plus, le Conseil militaire ordonne que des réserves de farine soient mises à l’abri dans les casernes du Régiment de la République, garnison soldée dont la création remonte à 1783 afin de maintenir l’ordre public à Genève. Le prix du pain est augmenté. Le 27 janvier, c’est l’émeute populaire à Saint-Gervais. A la suite de cet événement, un Edit de Pacification est voté le 10 février. Pourtant, rien n’est terminé et les esprits fermentent. Le point culminant de la violence sera atteint avec la Révolution genevoise du 19 juillet 1794 et plus particulièrement avec la Terreur genevoise, ses fusillades, son Tribunal révolutionnaire, aboutissant à l’exécution de sept condamnés à mort, dans la nuit du 24 au 25 juillet 1794 aux Bastions. Décidément les mois de juillet ne sont pas calmes à Genève à cette époque.

 

Claude Bonard

 

13:24 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

27/06/2017

Non, la Genève internationale n'a pas toujours existé et elle mérite toute notre attention !

J'ai lu avec intérêt l'article consacré à la présidence du Conseil d'Etat dans la Tribune de Genève du 27 juin 2017 sous la signature de Marc Bretton qui met en évidence le fait que notre constitution, stipule que le département présidentiel est notamment chargé des relations extérieures et des relations avec la Genève internationale. (Art.106). Nous avons un peu l'impression que cette Genève internationale a toujours fait partie de notre histoire, mais sans trop savoir ce qu'elle recouvre et à quel moment cette vocation internationale a pris son envol. Je vous propose dès lors de remonter aux sources de cette passionnante histoire. On en devine les prémices en 1830 avec la "Société de la paix sur le continent européen"  créée par  Jean-Jacques de Sellon, philanthrope et écrivain genevois. Quelques années plus tard, à partir de 1847, notre canton consolide son influence au sein de la Confédération suisse. Ce temps est aussi celui de  l’affirmation de la vocation internationale de Genève, en 1864 avec la signature de la première Convention de Genève pour les secours aux blessés, puis en 1872 avec  l’arbitrage dit de l’Alabama faisant suite à la Guerre de Sécession américaine. Plus tard, à l'issue des ravages de la Grande Guerre, la crainte d’un nouveau conflit est invoquée pour réclamer le désarmement universel. Le 16 mai 1920, le peuple suisse vote l’entrée du pays au sein de la Société des Nations dont Genève devient le siège. La diplomatie multilatérale est née. Pourtant, après des débuts prometteurs, la SdN peine à résoudre les crises et les conflits . L'échec est programmé et la montée des totalitarismes en Europe va à nouveau plonger le monde dans la guerre. Dès 1945, compte tenu du climat de guerre froide s’instaurant en Europe, la vocation internationale de Genève se renforce et notre cité devient le siège européen des Nations Unies, dans ce Palais des Nations terminé en 1937 à l’époque du déclin de la défunte SdN. Genève s’affirme comme l’un des principaux centres de la politique internationale. Alors que de nombreux conflits embrasent le monde, en Corée, dans le sous-continent indien et en Afrique notamment, le CICR fait rayonner l’Esprit de Genève. Dès les années 50, Genève accueille un nombre croissant de grandes conférences internationales : 1954 Conférence dite « asiatique » sur la question de l’Indochine ; (MM. Bidault, puis Mendès-France, Dulles, Eden et Molotov) ; 1955 conférence des chefs d’Etat dite « des quatre Grands » ; (MM. Faure, Eisenhower, Eden et Boulganine); 1955 conférence dite « atomique » sur l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire ; 1961 conférence sur la neutralisation du Laos ; 1961-1962 pourparlers sur la question algérienne (Evian) ; 1983 conférence sur la question palestinienne ( déjà !) ; 1984, pourparlers relatifs à la paix au Liban ; 1985, sommet Reagan-Gorbatchev; l’année 1988 est aussi à marquer d’une pierre blanche Un coup de théâtre ébranle le ciel diplomatique de New York. Les Etats-Unis refusent d’accorder un visa à Yasser Arafat, chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui ne peut, de ce fait, prendre la parole devant l’Assemblée générale de l’ONU. L’idée de transférer à Genève l’Assemblée générale fait son chemin. La décision est prise le vendredi 2 décembre par 154 voix contre 2. Les dates avancées sont celles du 13 au 15 décembre. Genève a donc 12 jours pour se préparer et le défi sera relevé avec brio. 1994 voit se dérouler la rencontre au sommet entre MM. Clinton et Assad (père). Le conflit entre la Syrie et Israël à propos du Golan et du Liban notamment, sont au cœur des discussions. Le 2 juin, 1995 marque la signature de l'accord de siège entre la Confédération et l'organisation mondiale du commerce (OMC). Un beau succès à l'actif des autorités genevoises. Afin que le tableau soit complet, il faut citer la présence à Genève de nombreuses missions diplomatiques auprès de l'ONU et la présence vivifiante des organisations non gouvernementales (ONG). Les innombrables conférences et réunions organisées sous l’égide des agences spécialisées des Nations Unies font converger sur Genève les délégations du monde entier. Idem s’agissant des nombreux arbitrages internationaux dont Genève est le théâtre, sur la question de l’ex-Yougoslavie notamment. Genève sera à nouveau sous le feu des projecteurs à l’occasion du Sommet mondial de la société de l’information en 2003, à l’occasion des expositions mondiales Telecom World de 1999, 2003 et 2006 notamment, ou encore cas sur le plan diplomatique, lors des « Geneva talks » du 19 juillet 2008 à propos de la question nucléaire iranienne. En 2013, Genève accueille les pourparlers diplomatiques entre le secrétaire d’Etat américain John Kerry et le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lawrow à propos de la crise syrienne. Syrie encore et toujours au début de cette année 2017, avec un nouveau cycle de négociations qui s'est ouvert à Genève afin de tenter une nouvelle fois de trouver une issue à la crise syrienne. Je m'en tiendrai là avec ce survol. Pour conclure, je voudrais juste rappeler que Genève ne détient plus le monopole de l’organisation des grandes conférences internationales et de l’implantation de nouvelles organisations. De nombreux Etats s’invitent dans le jeu et proposent leurs services à des conditions défiant toute concurrence. Des restrictions budgétaires incitent les organisations du système onusien à se restructurer et trouvent Genève un peu (trop) cher. Fort heureusement, la Confédération a pris la mesure de l’importance de la Genève internationale en tant qu’outil de sa politique de bons offices. Vous l'aurez compris à la lecture de mon modeste propos, il est plus que jamais nécessaire que nos autorités restent attentives au destin de la Genève internationales. C'est bien là une belle et importante mission qui est dévolue au président du Conseil d'Etat et au département présidentiel et elle doit le rester quelle que soit l'architecture du Conseil d'Etat  qui sortira des urnes l'an prochain.

Claude Bonard


Geneva Talks 1.jpg

12:26 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |