11/08/2017

Quelques destins polonais en Suisse, partie III - une mystérieuse tombe polonaise au cimetière de Carouge

Un peu d'histoire de Carouge... et aussi  d'histoire de la Pologne... Le saviez-vous ? le cimetière de Carouge abrite un monument funéraire hors du commun. Dans chaque grande ville de Pologne, il y a une rue, une place, un square portant le nom de Józef Hauke-Bosak,   célèbre patriote ayant combattu pour la liberté de la Pologne au cours de l'insurrection de 1863-1864. Chez nous, qui connaît ce nom ? Plus personne à vrai dire. Alors voici l'histoire de cet incroyableHauke Bosak tombe.jpg personnage :

Józef Hauke-Bosak (1834-1871) est né à Saint-Pétersbourg. Il était issu d'une famille  noble d'origine flamande établie en Pologne en 1782.  La famille de Jozef Hauke était apparentée aux Battenberg et à la famille de Hesse-Darmstadt, excusez du peu ! Son père, Jozef Hauke avait été  officier dans l'armée du duché de Varsovie avant de servir le tsar. Son oncle, Maurycy Hauke  s'illustra au cours de l'épopée napoléonienne. La voie était toute tracée pour le jeune Józef qui embrassa une carrière militaire. Il accomplit sa formation au sein du Corps des cadets puis au sein du prestigieux Corps des pages avant d'obtenir son brevet au sein de l'Académie militaire impériale de Saint-Pétersbourg (Императорская военная академия). Proche de la famille impériale russe, il devint l'adjudant du tsar Alexandre II. Il se distingua au combat dans le Caucase et fut promu au grade de colonel. Déçu par la politique de la Russie qui occupait une partie de l'ancienne Pologne, il quitta l'armée russe pour rejoindre les insurgés polonais qui s'étgaient  soulevés une nouvelle fois en janvier 1863, notamment en raison du fait que dans la partie russe de la Pologne, les autorités voulaient introduire la conscription obligatoire des jeunes hommes afin de servir sous l'uniforme russe. Au cours des combats de  l'insurrection, Józef Hauke-Bosak commanda les troupes des provinces de Cracovie, Sandomierz et Kalisz dans la région dite de  Petite-Pologne.  Pour situer l'endroit, la  voïvodie de Petite-Pologne -Województwo małopolskie - est actuellement l'une des 16  voïvodies, ou régions de la Pologne. Cracovie en est le chef-lieu.  

Après l'échec de l'insurrection, Józef Hauke-Bosak  prit le chemin de l'exil. L'article qui lui est consacré dans le Dictionnaire Historique de la Suisse (DHS) nous apprend "qu'à  la fin de l'insurrection, il  émigre en avril 1864 à Dresde, puis à Genève et en Italie où il côtoie Garibaldi. En 1867, il s'installe à Genève. Membre du comité de l'Union de l'émigration polonaise (1866) et du Foyer polonais, il adhère à la Ligue de la paix et de la liberté". et s'établit en France.  Au cours de la guerre franco-prussienne de 1870- 1871, proche des idées de son ami Garibaldi et de ses "chemises rouges", il combat à ses  côtés en commandant une brigade de l'armée des Vogses. Il est  tué au combat à Hauteville près de Dijon en 1871. Sa dépouille ne sera retrouvée que plusieurs jours plus tard. Son corps sera ramené a la préfecture de Dijon où Garibaldi lui rendra un dernier hommage.

Sa famille décida de le faire rapatrier à Genève. Jozef Hauke-Bosake fut inhumé au cimetière de Carouge. Une ville où résidait alors une importante communauté de Polonais émigrés. D'où la célèbre pâtisserie carougeoise  "au gâteau Polonais... et bien plus tard, les délicieux gâteaux polonais que l'on dégustait chez "la Jeanne" à Russin !

La tombe de Józef Hauke-Bosak est toujours visible au cimetière de Carouge. En effet, dans le point de presse du Conseil d'Etat du 26 mai 2004, on pouvait lire qu'une procédure d'inscription à l'inventaire avait permis de protéger cette sépulture historique.  La teneur du communiqué du Conseil d'Etat était la suivante :

"Le Conseil d'Etat a invité le Département de l’aménagement, de l’équipement et du logement à ouvrir, en temps utile, une procédure d’inscription à l’inventaire pour le tombeau du général et héros de la révolution polonaise de 1863 Joseph Hauke-Bosak. Il a en revanche rejeté une demande de classement de ce monument sis au cimetière de Carouge. L’échéance à fin 2005 de la concession accordée par la Ville de Carouge pour la tombe du général et de son épouse ont incité un Comité de sauvegarde à déposer une demande de classement de ce tombeau. Ce général qui a été l’un des héros de l’insurrection polonaise de 1863-1864 est mort le 21 janvier 1871 en défendant héroïquement la ville de Dijon contre l’envahisseur prussien. Il a été inhumé en février de la même année au cimetière de Carouge. Il ressort toutefois de l’examen de la procédure de classement, et notamment de l’avis de la Commission des monuments de la nature et des sites, qu’une mesure d’inscription à l’inventaire se révélerait plus appropriée qu’une mesure de classement. D’où la décision de rejet du Conseil d’Etat."

Alors, à l'occasion d'une ballade à Carouge, prenez quelques instant afin de découvrir cette intéressante et imposante sépulture en pensant que c'est dans la cité sarde que repose un personnage ayant eu un incroyable destin.

Claude Bonard

Pour en savoir plus : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F28437.php

Point de presse du Conseil d'Etat du 26 mai 2004 : https://www.ge.ch/conseil_etat/2001-2005/ppresse/20040526.asp

 

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10/08/2017

Do ré mi fa sol la si do.... petite mélodie sur le thème de SERVIR

En cette période estivale, je vous propose aujourd'hui une petite devinette en musique :  Qu'avaient en commun Hugo de Senger, Henri Kling, Francis Bergalonne, Léon Hoogstoël, et Oscar-L. Markiewicz ?

Réponses : Ils étaient tous les cinq à l'origine des "étrangers du dehors " comme l'on aimait à le dire malicieusement dans les carnotzets vaudois d'antan.

Alors voyons ensemble qui étaient  ces cinq  personnes qui ont, de fort belle manière, servi musicalement  notre République et canton avec honneur et fidélité  : Les quatre premiers ont été des chefs d'orchestre, voire  des compositeurs connus et reconnus. A Genève, ils ont tous les quatre  été les "chefs de musique", aujourd'hui on dirait "directeur musical"  de ce qui était alors le Corps de musique de Landwehr, l'harmonie militaire officielle de la République et canton de Genève. Tous les quatre étaient alors revêtus du grade d'officier de musique octroyé par le Conseil d'Etat à une époque où  l'on ne badinait pas avec le règlement militaire cantonal. Les absences aux répétitions, les manquements, comme l'oubli d'un instrument ou le fait de ne pas avoir copié sa partition étaient sanctionnés d'une amende dont le montant oscillait alors de 25 centimes à 1 franc ! 

Francis Bergalonne était né à Nantes et avait fait ses études musicales à Paris. Il dirigea la Landwehr de 1868 à 1879. Henri Kling,  arriva de Paris et dirigea l'harmonie de 1883 à 1887. Le maître Hugo de Senger, originaire de Nordlingen en Bavière tint la baguette de 1891 à 1892. Quant à Léon Hoogstoël, originaire de Liévin dans le Pas-de-Calais, seconde clarinette-solo à la Musique de la Garde Républicaine avant de rejoindre l'Orchestre de la Suisse Romande, il fut le directeur musical incontesté de la  Landwehr pendant 46 ans, de 1920 à 1966 ! A noter que deux rues à Genève portent le nom et rappellent le souvenir de Francis Bergalonne d'une part, Hugo de Senger d'autre part.

 Le cinquième personnage que je cite, Oscar-L. Markiewicz,  était le fils d'un père polonais réfugié à Genève après la révolution de 1863 sur les bords de la Vistule. Il fut l'officier commandant placé par le Conseil d'Etat à la tête du Corps de musique de 1911 à 1924 avec le grade de capitaine  de musique, grade qui était également son grade militaire dans l'armée suisse. 

Tous les cinq ont  mis leur talent et leur compétence au service de la République et  canton de Genève et de la Musique, avec honneur et fidélité. Eux, qui venaient d'ailleurs. Qu'elle est belle cette petite variation musicale sur le thème de SERVIR... Do ré mi fa sol la si do...

Claude BonardLandwehr blog.JPG

Source : Claude Bonard : Histoire du Corps de musique de Landwehr 1783 - 1789 - 1989, Genève, 1989.

 
 

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08/08/2017

Question lancinante : Ulrich Ochsenbein, Conseiller fédéral en Suisse, Général en France et binational aurait -il été un mauvais Suisse ?

Un parti politique que chacun aura reconnu ne veut pas de candidats binationaux ni de candidates binationales d'ailleurs, s'agissant de la succession de M. Didier Burkhalter au Conseil fédéral. Quelle histoire ! Heureusement que ce parti n'existait pas dans sa forme actuelle au 19e siècle car en ce temps là, il aurait été frappé d'apoplexie à propos du parcours du dénommé Ulrich Ochsenbein, l'un des initiateur de la Constitution fédérale de 1848  qui devint ensuite Conseiller fédéral radical, et, n'ayant pas été réélu, devint Général dans l'armée française !  En un mot comme en cent, Ulrich Ochsenbein, puisque c'est de lui qu'il s'agit aurait été  frappé d'opprobre.

Qui était ce personnage singulier ? Ulrich Ochsenbein  était un homme politique bernois, propriétaire terrien  dans le Seeland et conservateur, il s'opposa à celui  qui fut d'abord son ami avant de devenir  son principal adversaire, Jakob Stämpfli. En 1882,défenseur de valeurs conservatrices et paysannes, Ochsenbein  milita au sein du  Parti populaire bernois.  C'est amusant lorsque l'on sait que ce parti défendait des idées proches de  celles du  Parti des paysans, artisans et Bourgeois (PAB) quelques décennies plus tard. Ce même  PAB qui deviendra  l'Union démocratique du centre (UDC) d'aujourd'hui...

Elu au Conseil fédéral le 16 novembre 1848, il  prit  la tête du Département militaire fédéral. Il ne fut pas  réélu en 1854 ayant trouvé  une nouvelle fois Jakob Stämpfli sur sa route. Outre ses activités politiques, Oschenbein oeuvra au profit de  sa région, le Seeland, notamment   dans le contexte  de la correction des eaux du Jura. Il réorienta  pourtant sa carrière et mit son épée au service de la France. Pourquoi me direz-vous ? 

Tout simplement parce que le prince Louis-Napoléon Bonaparte, devenu l'Empereur Napoléon III avait grandi en Thurgovie et  avait accompli sa formation militaire à Thoune sous la direction de Guillaume-Henri Dufour. Il avait même servi comme capitaine dans l'artillerie bernoise et il appréciait  la formation militaire des Suisses.  Tiens, soit dit en passant, ce Guillaume-Henri Dufour, alors instructeur à l'Ecole militaire de Thoune , voilà encore un personnage à la suissitude suspecte!  Rendez-vous compte, il était né à l'étranger, à Constance, il s'était  formé  à Paris à l'Ecole polytechnique et  avait  participé à l'occupation de Corfou sous l'uniforme de l'armée de l'Empereur Napoléon 1er, croisant le fer contre les Anglais !  Comment a-t-il pu ensuite devenir ingénieur cantonal à Genève, général dans l'armée fédérale et l'un des pères fondateurs de la Croix-Rouge ! ce n'est pas très net tout ça pour un ancien officier français et un émigré ! 

Mais revenons à nos moutons.. non, pas ceux d'une certaine affiche mais au parcours de notre ancien  Conseiller fédéral bernois. Napoléon III souhaitait  créer une "Légion suisse". Ochsenbein usa de son influence pour faire renoncer l'Empereur à cette appellation qui aurait pu faire quelques vagues en Suisse, même si au même moment, les Anglais créaient une "British Swiss Legion" destinée au front de Crimée. Il  prit ainsi le commandement de ce que l'on appela la "2e Brigade étrangère" . Son parcours sera impressionnant puisqu'il deviendra général de brigade en 1855 pendant la guerre de Crimée, puis général de division en 1871 pendant la guerre franco-allemande.  En outre, "damned !" il était devenu binational, ayant  reçu la citoyenneté française sur ordre de l'Empereur   le À la suite de l’armistice du 28 janvier 1871, le général Ulrich Ochsenbein, titulaire de la croix de chevalier de la Légion d'honneur fut libéré de ses obligations militaires et rentra en Suisse où il tenta de revenir en politique, sans trop de succès et il est vrai . 

Alors : Ulrich Ochsenbein et, par la même occasion, Guillaume-Henri Dufour Dufour, binationaux à l'époque , auraient-ils été de mauvais Suisses dans une vision révisionniste de l'Histoire Ochsenbein civil.jpg ?  Je vous laisse imaginer quelle pourrait être la réponse si l'on s'en tient aux critères de la géométrie politique chère au regretté Pierre Dac qui la définissait ainsi : "le carré de l'hypoténuse parlementaire est égal à la somme de l'imbécilité construite sur ses deux côtés extrêmes"... sauf qu'aujourd'hui il n'y a qu'un seul côté extrême... défavorable aux personnalités qui ont deux passeports.

 Claude Bonard

Sources : 

Lire dans le Dictionnaire Historique de la Suisse l'article qui lui est consacré : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F4633.php

Lire aussi : https://www.infolio.ch/livre/ulrich-ochsenbein-1811-1890.htm

http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F3862.php

Site internet : http://farac.org/index.php/infos-farac/traditions-et-documents/item/johann-ulrich-ochsenbein-2

 

 

 

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