03/08/2017

Madame Yamilah, Louis le Bien-Aimé et Jupiter. Que nous révèlent les sept boules de cristal ?

La voyante Yamilah est l'un de personnages clés des Sept Boules de cristal. Dans l'oeuvre d'Hergé, la voyante prédit la malédiction de M. Clairmont, l'un des membres de l'expédition du professeur Bergamotte. Aujourd'hui, Yamilah a été remplacée par les instituts de sondage !

Et les médias de l'Hexagone bruissent de prédictions ! Une, sept, dix, cent boules de cristal tournoient et scintillent et nous questionnent  à propos de la popularité du  Président de la République. La situation d'aujourd'hui me fait penser à une page de l'histoire de France un peu oubliée aujourd'hui. Scrutant les boules de cristal de la voyante Yamilah, je vois  défiler des images fugaces rappelant le temps d'un jeune roi aimé de tous au début de son règne. Etrange... comme c'est étrange... oui, c'est bien de lui qu'il s'agit ! Louis dit le Bien-Aimé,  roi de France et de Navarre qui succéda à l'âge de cinq ans à son arrière-grand-père Louis XIV. A l'issue de la Régence assurée par le festif et libertin duc d'Orléans (qui ne connaissait pourtant pas encore l'usage du scooter), Louis prend ses fonctions à l'âge de quatorze ans. Lorsqu'il accède au trône , il est l'unique rescapé de l'hécatombe qui vient d'anéantir la descendance française de Louis XIV. Après une sombre fin de règne , le royaume respire et espère.

Louis_XV_by_Maurice-Quentin_de_La_Tour.jpgL'espoir renaît. Louis est adulé. Les foules le chérissent et il bénéficie d'un très fort soutien populaire.  Le jeune roi est béni des dieux et Jupiter le prend sous son aile. Au début de son règne, la France connaît de grands succès sur le continent européen même si elle perd une bonne partie de son empire colonial, au profit des Anglais ; ce n'est toutefois pas grave pour le bon peuple. Soudain, le vent tourne. Le “Bien-Aimé et son gouvernement peinent à faire aboutir les réformes, notamment celle qui visait l'égalité de tous les habitants du royaume devant l'impôt. Insensiblement, les Français lui dénièrent son surnom initial de Bien-Aimé. Trop sûr de son jugement et pointilleux, parfois trop chevaleresque, le roi Louis XV commettra successivement plusieurs bourdes politiques, ce d'autant qu'en face de lui, il a pour principal adversaire le cynique et rugueux Frédéric II de Prusse. En politique intérieure, le Bien-Aimé ne veux pas déléguer et entend se passer de premier ministre. Ses idées de réforme administrative du pays sont pourtant clairvoyantes mais mal expliquées et donc mal comprises. Face à des oppositions convergentes, le roi recule et désavoue ses ministres et ses généraux. En manque d'autorité naturelle, il impose par force ses décisions politiques en invoquant le “droit divin” et se laisse guider par l'influente marquise de Pompadour, ce qui engendre insensiblement une crise de régime. L'épouse du Bien-Aimé, la reine Marie Leszczynska, discrète et effacée, pieuse fille du roi de Pologne n'y pourra rien, délaissée par son mari. A l'âge de soixante-quatre ans, Louis XV mourra à Versailles le 10 mai 1774 ayant déçu son peuple après cinquante-neuf ans de règne. Le “Bien-Aimé finira Mal-Aimé”.

Quant à Jupiter, qui fut à l'origine le dieu des éléments naturels à même de déclencher la foudre, son histoire est trop connue pour être rappelée ici si ce n'est qu'après la foudre, peut succéder le tonnerre et l'obscurcissement du ciel. Alors, 243 ans après le Bien-Aimé, fasse le ciel que la foudre de Jupiter n'obscurcisse pas le ciel de l'Elysée  et des autres palais de la République. Ce serait dommage et ce n'est pas Madame Yamilah qui me contredira, elle qui a le don de lire dans ses boules de cristal.

Claude Bonard

Pour en savoir plus : https://www.herodote.net/almanach-ID-907.php

http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2009/08/14/01006-20090814ARTFIG00506--louis-xv-le-roi-prisonnier-de-sa-reputation-.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Sept_Boules_de_cristal

https://mythologica.fr/rome/jupiter.htm








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Quelques destins polonais en Suisse, partie II

En ces journées de canicule, je vous invite à découvrir trois nouveaux portraits qui rappellent que des personnalités polonaises exceptionnelles se sont établies en Suisse, s'illustrant dans les domaines de la culture, de l’art et de la science.

Antoni Norbert Patek de Prawdzic ( 1812 - 1877)

Antoni Norbert Patek de Prawdzic appelé aussi Antoine Norbert de Patek est né le 14 juin 1812 à Piaski Szlacheckie, district de Krasnystaw dans la voïvodie de Lublin en Pologne et décédé le 1ᵉʳ mars 1877 à Genève. Au moment de l'insurrection polonaise de novembre 1830 contre le régime du Tsar, Antoni Norbert sert dans la cavalerie en qualité d'officier subalterne au sein du Lieutenant Patek.JPG1 Pulk Strzelcow Konnych ( 1er régiment de chasseurs à cheval). Une affectation qui n'est pas étonnante puisqu'un autre membre de sa famille, le major Franciszek Patek de Prawdzic sert aussi au sein du régiment dont il prendra le commandement avec le grade de colonel en 1831. Le jeune Antoni Norbert récolta deux blessures au cours des combats, ce qui lui valut d'être décoré de l'ordre militaire "Virtuti Militari" qui est, aujourd'hui encore, la plus haute distinction militaire polonaise. L'insurrection polonaise fera long feu et une répression terrible s'abattra sur la Pologne. Les armées du tsar pourchassent impitoyablement les insurgés. Antoni Patek, comme tant d'autres, réussit néanmoins à rejoindre la Prusse, puis la France. Ainsi qu'en témoigne la biographie le concernant que l'on peut découvrir au Musée Patek-Philippe à laquelle je me réfère dans ce blog, le valeureux officier arrive à Genève après avoir passé par Cahors et Amiens. Avec son goût et ses dispositions pour l'art, Antoni Norbert qui a par obligation abandonné le métier des armes, suit dans un premier temps les cours de peinture du célèbre peintre et graveur Alexandre Calame. C'est alors qu'il  se lie avec une famille de Versoix, les Moreau, chez lesquels il fait la connaissance de la fille d'un commerçant français, Mlle Marie Dénizart qu'il épouse à Versoix en 1839. A la même période Antoni Norbert Patek commence à acheter des mouvements de montre auprès des horlogers genevois déjà connus pour la qualité de leurs produits et, sous sa direction, les fit garnir de boîtiers. Dès le début, il attache la plus haute importance à la qualité et à la valeur artistique des pièces. Il parvient assez rapidement à trouver une clientèle d'acheteurs appréciant la qualité exceptionnelle de sa production. En 1843, il est naturalisé à Genève devient citoyen suisse. Sur le plan professionnel, Antoni Norbert fonde  tout d'abord une société avec un  compatriote François Czapek. Puis, suite à une rencontre providentielle à Paris, il s'associe avec le célèbre horloger français Jean Adrien Philippe. La suite de l'histoire, nous la connaissons tous. avec le développement de la prestigieuse manufacture Patek-Philippe qui constitue depuis cet époque  l'un des fleurons incontestés de la haute horlogerie genevoise.

L'enregistreur NAGRA et la fabuleuse histoire de la famille Kudelski

Dans le monde des enregistreurs, le NAGRA est ce que la Rolls ou la Ferrari sont au monde de l’automobile. La fabuleuse aventure du meilleur appareil enregistreur de tous les temps, utilisé par tous les grands reporters de l’après-guerre est le fruit de l’imagination d’un génial ingénieur polonais, Stefan Kudelski, né à Varsovie le 27 février 1929. La seconde guerre mondiale jette sur les routes de l’exil de nombreux Polonais et c’est finalement en Suisse que s’établit la famille Kudelski où le jeune Stefan étudie à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne avant de créer l’entreprise qui porte son nom et de mettre au point le premier enregistreur NAGRA. Cet appareil révolutionnaire et d’une robustesse à toute épreuve est très vite adopté par les professionnels de la radio et du reportage dans le monde entier. Au fil du temps et des mutations technologiques, la gamme des NAGRA se perfectionne et Stefan Kudelski enrichit et diversifie la production de son entreprise pour en faire l’un des plus beaux fleurons de la technologie suisse. Aujourd’hui, le Groupe Kudelski dirigé par André Kudelski, fils de Stefan, est l’un des leaders mondiaux de la télévision et de la sécurité digitale, des réseaux mobiles et de l’électronique.

Waclaw Micuta (1915-2008) : Un héros de l’insurrection de Varsovie à l’ONU

Dans le monumental ouvrage qu’il consacre à l’insurrection de Varsovie d’août 1944, l’historien Norman Davies cite à plusieurs reprises le nom de Waclaw Micuta (« Wacek ». Officier appartenant au bataillon « Zoska » , Waclaw Micuta devient sans l’avoir cherché un héros pendant l’insurrection en tant que commandant de la seule unité blindée de l’AK ( l’Armée Secrète polonaise) en capturant un tank « Panther » allemand et en libérant avec sa section un camp de concentration allemand situé à l’intérieur des murs de ce qui restait de l’ancien Ghetto de Varsovie. Après la guerre, Waclaw Micuta poursuit un temps ses activités clandestines contre le pouvoir communiste puis quitta la Pologne en 1948. Il rejoint alors  la Suisse avec sa famille et trouve un emploi au sein du siège européen des Nations Unies à Genève. C’est au sein des institutions onusiennes qu’il il effectue une brillante carrière jusqu’à sa retraite en 1976. Waclaw Micuta, économiste de formation, se fait rapidement un nom au sein de la Genève internationale et participe à de nombreuses missions, souvent délicates, en Afrique. Ayant atteint l’âge de la retraite, Waclaw Micuta ne reste pas inactif et déploie une intense activité en tant que consultant. Il se fait l’ardent promoteur des énergies renouvelables au moment où la conscience écologique de nos pays développés est encore absente du débat politique. Tant au sein de la prestigieuse Fondation de Bellerive qu’avec son « Renewable Energy Development Institut (REDI), Waclaw Micuta s’engage au profit des pays en voie de développement et conçoit à leur intention divers équipements techniques dont la rusticité et les coûts d’exploitation limités assurent le succès. Etabli à Genève, Waclaw Micuta est aussi très actif au sein des associations regroupant les Polonais vivant en Suisse. Le 10 avril 2007, déjà titulaire de la prestigieuse décoration militaire  "Virtuti Militari", Waclaw Micuta est décoré de la croix de commandeur de l’Ordre "Polonia Restituta " par le feu le président Lech Kaczynski. Waclaw Micuta est décédé à Genève le 21 septembre 2008, laissant le souvenir d’une personnalité qui a servi avec brio cette Genève internationale qu’il aimait tant.

La suite très bientôt.

Claude Bonard

 

 

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02/08/2017

Pour détendre un peu l'atmosphère suite au tumulte engendré le 1er août par une Conseillère nationale du canton de Vaud

 
Pour détendre un peu l'atmosphère suite au tumulte engendré le 1er août  par les propos de Mme Ada Marra à propos de la Suisse, je vous propose de découvrir ce qu'écrivait en 1839 à propos des alpes suisses, un jeune poète polonais fasciné par les paysages de notre pays :
 
"Montons ensemble sur les pics coiffés de neige !
"Montons ensemble au-dessus des forêts de sapins.
"Montons ensemble à ces hauteurs ou retentissent les sonnailles,
"Et où, des sept couleurs de l'arc-en-ciel,
"Se vêt la Jungfrau qui domine les pentes ensoleillées,"
 
Extrait de l'épisode VIII du poème “En Suisse”
 
A qui doit-on cette suite de poèmes intitulée "En Suisse" d'un romantisme échevelé ? Une oeuvre  aujourd'hui encore très connue en Pologne, mais totalement oubliée chez nous ? On doit ces textes à la plume de Juliusz Słowacki né le 4 septembre 1809 qui fut l'un des poètes romantiques polonais les plus célèbres. Quand éclata l’insurrection polonaise de 1830 le gouvernement provisoire lui confia une mission diplomatique à Londres ; après l’échec de la révolte il s’installa à Paris, comme nombre de ses compatriotes. Ne supportant pas son exil parisien, il quitte la France et arrive à Genève en 1832.
 
Il s'installe dans la pension de Mme Pattey aux Pâquis. Sur les bords du lac de Genève, il fait la connaissance d'une riche famille polonaise, les Wodzinski, établis à la rue Beauregard. La jeune et belle Marie Wodzinska fut le premier amour, platonique, du jeune Frédéric Chopin. En juillet 1834, Juliusz Słowacki accompagne la famille Wodzinski lors d'un grand voyage à travers les Alpes suisses. Ce voyage l'inspire et et le poète écrira en 1839 son poème intitulé “En Suisse” (W Szwajcaryi) , un ensemble de vingt et un épisodes très courts qui décrivent les paysages alpestres de façon romantique. Le paysage alpestre est, dans cette suite de poèmes, le décor permettant au poète de vivre et décrire une histoire d'amour imaginaire.
 
Peu après son voyage, Słowacki quitte la Suisse et se rend en Italie, puis à nouveau en France où il meurt à Paris le 4 avril 1849.
 
 
Pour en savoir plus : Jules Słowacki "EN SUISSE", Slowacki.png traduction, préface et notes par Alexandre V. Soloviev avec la collaboration de Georges Haldas, Editions Rencontre Lausanne, 1965
 
et : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F28459.php
 
J'ai retrouvé aux Archives d'Etat de Genève les indications relatives au séjour du poète à Genève : Registre de police - Etrangers -du 1er janvier 1832 au 1er juin 1837, cote AEG Etrangers L-19).
 
 Sur ce, je vous souhaite une excellente journée, dans le calme et la sérénité.
 
Claude Bonard

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