21/09/2017

21 septembre 454 Aetius est assassiné. Un personnage oublié auquel Genève doit beaucoup.

Peu d'entre nous se souviennent du nom de Flavius Aetius, sénateur de Rome et chef de guerre de l'armée de l'Empire d'Occident sous le règne de l'empereur Valentinien III. Et pourtant, Genève doit beaucoup à ce brave général. Petit rappel des faits. L'historien Justin Favrod nous rappelle dans son passionnant ouvrage consacré aux Burgondes que c'est le général romain Aetius aidé de mercenaires Huns qui arrêta les Burgondes qui fonçaient sur l'actuel territoire de la Belgique en 436. Justin Favrod nous rappelle aussi que c'est une notice placée sous l'année 443 après J.-C d'une chronique anonyme du 5e siècle qui relève que “La Sapaudia est donnée aux débris du peuple burgonde pour être partagée avec les indigènes”. Or Sapaudia veut dire “le pays des Sapins” et ce territoire couvrait en gros Genève et sa région, une partie du Plateau suisse et aussi de la Savoie actuelle.  (Sapaudia - Savoie !). Les livres d'histoires du temps de nos grands-parents relevaient que les Burgondes étaient considérés “comme les plus doux des barbares gouvernés par un roi”.

Les Genevois connaissent bien l'un d'entre-eux , Gondebaud, qui a sa statue encastrée dans une façade à la place du Bourg-de-Four. En effet, Genève puis Lyon fut la capitale des rois burgondes. Cruel, et peu regardant s'agissant des affaires de sa famille, Gondebaud massacra ses frères qui s'étaient révoltés contre lui. Il épargna toutefois deux filles dont l'aînée fonda à Genève le prieuré de Saint-Victor ; quant à la cadette, Clothilde, elle va entrer dans l'histoire en épousant Clovis, roi des Francs. Le fils et successeur de Gondebaud, Sigismond sera proclamé roi à Carouge en 516 et on lui doit la création de l'abbaye de Saint-Maurice . C'est aussi au roi Gondebaud, législateur averti, que l'on doit les “Lois Gombettes” (Lex Gundobada, Gombata, Liber legum Gundobati, Liber constitutionum, Lex inter Burgundiones et Romanos) codifiant l'ensemble des textes régissant la vie des Burgondes.

 Donc résumons : Sans le geste magnanime de Flavius Aetius, nous n'aurions pas eu de “Sapaudia”, pas de pays des Sapins, donc pas de Savoie ni de Bourgogne. Les “gentils” Burgondes, les plus doux des barbares, n'auraient pas fait de Genève leur capitale même si leur royaume fut absorbé plus tard par les Francs en 534. Pour le surplus, nous n'aurions pas la chance d'avoir eu en la personne de Gondebaud un roi au Ve siècle à Genève qui a a statue encore aujourdhui en vieille-ville. C'est donc la moindre des choses que d'avoir aujourd'hui une pensée pour Flavius Aetius mort assassiné il y a 1563 ans aujourd'hui   et sans lequel, tous ces événements n'auraient pas eu lieu !

 Claude Bonard

 Aetius-Flavius.jpgSources : Justin Favrod, Les Burgondes, un royaume oublié au cœur de l'Europe, collection le savoir suisse, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2002, 142 p.

Pierre Bertrand et Edouard Elzingre, L'Histoire de Genève en bandes dessinées et documentées, Genève, éditions Tribune de Genève, 1975, 77 planches.

Louis Binz : Brève histoire de Genève, Genève, Chancellerie d'Etat, 1981, 78 p.

 

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19/09/2017

Révolution genevoise du 7 octobre 1846 et dissolution du Sonderbund en 1847, deux événements étroitement liés.

L'anniversaire de la révolution fazyste du du 7 octobre 1846 ne donne étrangement Fazy 1846.jpg lieu à aucune commémoration dans notre République. Pourtant, il s'agit d'un événement déterminant, s'agissant de l'histoire des institutions genevoises. Un événement qui aura aussi une incidence capitale sur une page mouvementée de l'histoire de la Suisse. Petit rappel des faits. A Genève, le 3 octobre 1846, le Conseil d’Etat et la majorité du Grand Conseil interdisent à la députation genevoise à la Diète fédérale de voter la dissolution du Sonderbund. Situation paradoxale que celle de « Genève, canton réformé, soutenant, pas toujours nettement, ni toujours franchement, les cantons catholiques ». (citation de François Ruchon). Le climat politique se détériore. La ville est en ébullition. Deux politiques sont en présence, « Saint-Gervais contre la Ville haute ». Le 7 octobre à 15h16, c’est la guerre civile. Les canons de la milice pilonnent les barricades de Saint-Gervais. Bilan de la journée, 17 morts de nombreux blessés. La suite, on la connaît. Les gens du Faubourg prennent le dessus. Les autorités sont dissoutes et c’est la victoire de James Fazy et des siens. Quelques explications s'imposent pour comprendre ce qu'est le Sonderbund. A Lucerne, où s'opposent les milieux catholiques conservateurs et les libéraux, le Grand Conseil décide en octobre 1844 de rappeler les Jésuites et de leur confier l'enseignement secondaire supérieur. Une décision confirmée par le peuple qui suscite de véhémentes protestations au sein des milieux protestants et libéraux. Des troubles éclatent. Les libéraux mobilisent des corps francs. Ces colonnes armées vont sévir en 1844 et 1845 et lancer des raids meurtriers sur Lucerne. La Diète fédérale reste impuissante et la tension monte. Les cantons de Lucerne, Uri, Schwytz, Unterwald, Zoug, Fribourg et du Valais concluent une alliance défensive séparée (Sonderbund) pour garantir leur souveraineté. A Berne, Zurich, mais aussi Genève et Lausanne, de vives protestations ont lieu. Désormais, les tensions religieuses empoisonnent le climat dans toute la Suisse. Deux conceptions politiques s’affrontent. Les cantons du  Sonderbund  face aux gouvernements cantonaux progressistes qui exigent des mesures de répression visant à la dissolution de l’alliance séparée. Le 20 juillet 1847, la Diète vote la dissolution du Sonderbund, les cantons progressistes ayant désormais la majorité grâce notamment à la voix du nouveau gouvernement radical genevois de James Fazy. Des négociations ont lieu afin de faire revenir à la raison les cantons séparés. Rien n'y fait et après une ultime tentative de médiation se solde par un échec. Le 4 novembre, la Diète nomme le Genevois Guillaume-Henri Dufour à la tête de l'armée fédérale avec la mission de réduire le Sonderbund par les armes. Le conflit sera de courte durée (25 jours) et les pertes humaines limitées, ce qui permettra à Dufour de mettre à profit ses talents d’humaniste et de pacificateur afin de faire revenir la concorde au sein des cantons.

 

Claude Bonard

 

 

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18/09/2017

Si l'huissier portant couleurs est là, le magistrat n'est pas loin !

A chaque manifestation officielle à Genève, dans nos cantons ou sous la coupole fédérale, les photos de presse nous montrent nos magistrat(e)s flanqué(e)s d'un huissier ou d'une huissière  portant les couleurs de la République, de la Ville, des cantons ou  de la Confédération  et coiffés du bicorne porté  "en bataille".  Au Palais fédéral lors de chaque prestation de serment d'un(e) membre du Conseil fédéral, ils figurent sur la photo.  Je souhaite dès lors vous entretenir de cette tradition "bien de chez nous" qui étonne les étrangers. Je me souviens d'un moment mémorable il y a quelques années où le Président du Conseil d'Etat devant participer à une cérémonie sur sol français. Il devait , conformément à l'usage, être accompagné de son huissier. Mais comment expliquer cette coutume à nos chers voisins français  ?  Quel était donc cet étrange "drapeau vivant"  ? Huissier 1.pngL'affaire passa protocolairement par la préfecture, puis, vu une certaine perplexité,  monta à Paris au ministère des affaires étrangères avant d'aboutir sur la table du premier-ministre. Celui-ci ayant à l'époque une bonne connaissance des us et coutumes de notre pays  donna son accord à ce qu'un huissier portant couleurs accompagne le premier magistrat du canton. Pour éclairer nos concitoyens et concitoyennes qui sont parfois perplexes en découvrant ces imposants personnages en livrée et bicorne, je voudrais rappeler que les livrées aux couleurs d'une ville, d'un canton ou de la Confédération  ont une longue histoire.

A Genève, l’emploi des couleurs de la République pour les vêtements fournis par l’Etat à certains fonctionnaires remonte pour le moins à 1509, s’agissant notamment des Guets portant des manteaux noir et gris alors que les huissiers portaient des manteaux noir et violet. De telles tenues sont visibles lors du cortège de l'Escalade organisé année après année par la Compagnie de 1602. Plus tard, selon l'historien J.-D. Blavignac,  la Constitution de 1794-1796 stipula que les syndics, le procureur général et les présidents de la Cour de justice criminelle et de l’Audience soient suivis d’un huissier qui prirent le manteau aux couleurs de la Clef et de l’Aigle. Le port du manteau à ces couleurs au lieu du manteau noir et violet avait d’ailleurs déjà été prescrit, toujours selon Blavignac, en 1699 sur décision du Conseil mais cette décision n’a pas eu de suite. (Déjà à l’époque… !!!). Le manteau des huissiers est ensuite décrit dans un arrêté du 1er mars 1816 ; je cite toujours Blavignac : «  ce manteau, d’abord rouge, jaune et noir, est aujourd’hui mi-parti rouge et jaune avec le collet rouge ». Les plaques de métal aux armes de la République portées sur le manteau datent de 1835. La tradition veut que les plaques portées aujourdhui par les huissiers du Conseil d’Etat aient été offertes par Gustave Ador en 1891 à l’occasion du 600e anniversaire de la fondation de la Confédération. Comme à Genève on ne fait rien comme les autres, l'observateur attentif remarquera que les huissiers de la ville portent le manteau, mais avec l’agencement des couleurs différent de celui des manteaux des huissiers de l’Etat.

Quel sera l'heureux élu qui sera encadré  par deux huissiers/ères aux couleurs de la Confédération à Berne dans deux jours ?  

Nul ne le sait aujourd'hui, mais j'aimerais bien que notre huissier/ère  aux couleurs genevoises ne soit pas loin ! 

 Claude Bonard

 

Source : Blavignac J.-D. : Armorial genevois, Genève, chapitre IV. Des officiers portant la livrée de l’Etat, chez les principaux libraires et chez l’auteur, Plainpalais 396, MDCCCXLIX, 204ss.

 

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