21/12/2017

Restauration genevoise - la vraie histoire de la proclamation du 31 décembre 1813

Suite de notre série consacrée à la Restauration genevoise. Aujourd'hui, je vais vous narrer l'histoire de la première Genferei de l'histoire de l'indépendance retrouvée. Son Excellence le comte Ferdinand von Bubna und Littitz et les troupes autrichiennes entrent dans la cité de Genève vers 13h30 le 30 décembre 1813. Toutes celles et ceux qui se pressent sur l'esplanade de la Treille chaque 30 décembre au soir afin d'assister à la belle cérémonie organisée par la Société Militaire de Genève connaissent le texte de cette proclamation datée du 31 décembre 1813 rédigée dans le style ampoulé et obséquieux du temps par les nouveaux et autoproclamé “Magnifiques et Très-Honorés Seigneurs Syndics et Conseil de la Ville et République de Genève”. Pourtant, ironie de l'histoire, cette proclamation ne sera finalement lue en divers points de la ville que le 1er janvier 1814 et non le 31 décembre 1813 ! En effet, von Bubna exigea d'avoir un droit de regard sur le texte dont la lecture était destinée à informer la population de la restauration de la République. Un témoin du temps, Amédée Jules Pictet de Sergy , avocat  et  membre du Conseil Représentatif, a décrit ces péripéties dans un livre  publié en 1869: "... la journée tout entière s'est écoulée à discuter, corriger, imprimer, réimprimer, et rien ne s'était trouvé prêt avant la nuit. On dut renvoyer la publication au lendemain, mais on oublia d'en changer la date primitive."

Ainsi s'écrivit  la première Genferei de l'histoire de Genève restaurée !

20171221_115526_001.jpgClaude Bonard

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20/12/2017

Décembre 1813, Genève aux prises avec les « Estomacs d'Autriche »

Dans son ouvrage publié en 1911 intitulé « 1814 - roman historique genevois » Théodore Aubert nous brosse le portrait savoureux de madame Rosine, l'épouse de Narcisse, le tenancier de l'hôtellerie du Lion d'Or à Nyon dont le désespoir est perceptible après le passage de la soldatesque autrichienne en marche sur Genève  : « Ces affamés, ces assoiffés payaient avec de jurons, accaparaient tout ce qui pouvait être englouti et saccageaient la salle à boire en poussant des hurlements incompréhensibles. Ces soudards m'ont ruinée ! glapissait-elle après le départ des soudards ! » Un autre auteur genevois, Louis Dumur, à la plume facétieuse publia un roman en 1913 sous forme d'un feuilleton au titre évocateur “Un estomac d'Autriche” qui évoque aussi Genève au moment de l'arrivée des régiments “libérateurs” du comte Ferdinand von Bubna et Littitz. Un ouvrage judicieusement réédité chez Infolio en 2014.

Avec l'arrivée des Autrichiens, d'énormes quantités de vivres, de boissons et de fourrages sont réquisitionnés jour après jour pour ravitailler les hommes et les chevaux. Un casse-tête pour la population genevoise. Les gens de Piogre effarés affublèrent les Autrichiens du sobriquet d' “Estomacs d'Autriche” . Et il y avait de quoi lorsque l'on découvre la liste des troupes ayant passé par Genève et qui y ont pris leurs quartiers. Des milliers de bouches à nourrir alors que la situation du ravitaillement laissait à désirer  : Du 30 décembre au 30 janvier 1814, les régiments Reuss Greitz, Bohême, Wenzel Kaunitz, Silésie, Vogelsang, Bohême, Wenzel Colloredo, Moravie, Albert Gyulay, Bohême. Du 1er février 1814 au 27 mars 1814, les régiments Archiduc Charles, Autriche inférieure, Hohenlohe - Bartenstein, Carinthie, Chasteler, Autriche inférieure, Bianchi, Galicie. Du 28 mars au 31 décembre 1814 : les régiments Kaiser Franz, Moravie, Zach, Bohême, Freihlich, Bohême, Prince de Ligne, Wallonie, Simbschen, Autriche inférieure, Josef Colloredo, Bohême. Enfin, du 1er janvier 1815 au 30 juin 1815, les régiments régiments Archiduc Ludwig, Moravie, Lusignan, Moravie.

Excusez du peu ! On comprend mieux pourquoi c'est avec un soulagement non dissimulé que Madame Rosine à Nyon et les Genevois  ont vu partir ces encombrants “Estomacs d'Autriche”  après dix-huit longs mois d'une présence encombrante.

Claude Bonard

Source : David Foldi in : Le Brécaillon, Bulletin de l'Association du Musée Militaire Genevois, No 9, février 1988, pp. 34-40.

Illustration : le bivouac des Autrichiens à la place de la Fusterie par Edouard Elzingre

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19/12/2017

Décembre 1813, les Autrichiens occupent Genève. Bubna et la brosse à reluire

Dès le 30 décembre 1813, l'arrivée du Comte Ferdinand De Bubna et Littitz et de ses troupes engendre de nombreuses difficultés pour les Genevois. Au total, jusqu’au 30 juin 1815, grâce aux recherches effectuées par M. David Foldi, publiées il y a de nombreuses années dans le bulletin du Musée Militaire Genevois, nous savons que ce sont des troupes issues de 17 régiments d’infanterie et de 5 régiments de cavalerie qui vont se succéder et prendre leurs quartiers à Genève pendant dix-huit longs mois. Dans les rues de la cité, les Genevois croiseront des Wallons, des Galiciens, Ruthènes et Polonais, des Hongrois, des Moraviens, des Bohêmiens et des Silésiens. La population supportera avec une curiosité mêlée de crainte la présence de ces soldats issus de toutes les composantes de l’Empire autrichien, de ces « Kaiserliks », comme elle les appelait. Les réquisitions, les nuisances, les atteintes à la propriété et autres inconvénients seront le lot du quotidien. Les arbres de nos parcs et de nos campagnes seront abattus en grand nombre afin de pourvoir les feux et les campements autrichiens. Les finances de Genève s’en ressentiront aussi lourdement car des impôts extraordinaires seront levés pour faire face à cette occupation militaire qui, même pacifique, reste une occupation. L’hôpital général surpeuplé aura à soigner en nombre les militaires autrichiens accidentés ou atteints de maladies diverses si vous voyez ce que je veux dire. Laissant son armée sur place, Bubna quitte Genève le 23 mars 1814. Ainsi que l’écrivit François Ruchon : «  Les Genevois le virent partir sans beaucoup de regrets ; très populaire au début, Bubna indisposa très vite la population par ses réquisitions et le Conseil par ses tracasseries, par ses ruses, par la regrettable affaire des canons ».

Mais, comme le dit le proverbe : tout est bien qui finit bien. Le 10 juillet 1815, le Comte Ferdinand De Bubna et Littitz est admis à la bourgeoisie d’honneur de Genève par des autorités qui jouent à fond la carte de la diplomatie, de l’apaisement et surtout  de la brosse à reluire ( on ne sait jamais...). Bubna se voit décerner cet honneur tenez-vous bien : «  pour l’appui qu’il a donné à notre Gouvernement naissant ; pour la discipline qu’il a maintenue parmi ses troupes, pour la protection paternelle qu’il a accordée à nos personnes et à nos propriétés et pour la fermeté avec laquelle il a préservé notre ville de l’invasion des troupes françaises. » Aujourd'hui, seul le « Passage De-Bubna » presque oublié des Genevois reliant le Boulevard Helvétique à la rue des Glacis-de-Rive rappelle cet épisode contrariant de notre histoire. Dans mon prochain blog, je vous parlerai des « Estomacs d'Autriche ». Bubna_gross.jpg

 

Claude Bonard

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